Peut-on sauver les Girondins du naufrage ?

Comment en est-on arrivé là ? C’est la question que doit certainement se poser Jocelyn Gourvennec au quotidien. L’entraîneur des Girondins, surprenant troisième du championnat à la fin du mois de septembre, a ensuite vu son équipe enchaîner les revers pour se rapprocher dangereusement de la zone rouge. Quinzième, Bordeaux n’est qu’à un point du virtuel barragiste, Lille. Surtout, avant l’entame de la seconde partie de saison, les Aquitains ont eu la brillante idée d’aller se faire éliminer de la Coupe de France chez une N2, Granville (2-1 a.p.). Amorphes, et réduits à 8 après trois cartons rouges, les Girondins ont malgré tout réussi une chose : se faire sortir des trois coupes qu’ils disputaient (Ligue Europa, Coupes de la Ligue et de France) dès leur entrée en lice. Qu’est-ce qui ne va donc plus au sein d’une écurie qui joue ordinairement le haut du tableau ?

Des joueurs incapables de se révolter

Deux raisons expliquent la chute connue par les Girondins. La première, c’est l’importance de Malcom au sein de l’effectif bordelais. Sous l’impulsion du feu follet brésilien (meilleur buteur du club avec 7 unités en championnat), les Bordelais étaient invaincus pendant pratiquement deux mois, et sur le podium. Depuis, Malcom a baissé de régime. C’est normal, après tout. Mais on ne peut pas demander à un gamin de vingt ans de tenir une équipe à lui seul. Encore moins quand sa première réaction, après une lourde défaite à Paris (6-2), est de se prendre en photo avec Neymar. Encore moins quand on sait qu’il partira, cet été ou même avant. On peut blâmer Malcom, mais on peut également en blâmer d’autres. Les anciens, comme Jaroslav Plasil ou Jérémy Toulalan, n’ont plus de prise sur les événements, voire même plus d’envie si on regarde le rouge stupide pris par Plasil à Granville, pour avoir insulté l’arbitre. D’autres enchaînent les contre-performances. Benoît Costil, Youssouf Sabaly, Diego Contento, Nicolas de Préville ou Gaétan Laborde, pour ne citer qu’eux, n’ont pas été à la hauteur des espérances. Le problème est avant tout mental. La déroute à Paris, le 30 septembre, a constitué un tournant dans les têtes. Avant, Bordeaux avait 15 points. Depuis, les Girondins n’en ont glané que cinq, avec une seule victoire contre Saint-Etienne (3-0)…

La deuxième raison, c’est le mercato d’été, qui a vu l’arrivée de sept nouveaux joueurs (Costil, Otavio, Lerager, Matheus Pereira, Jonathan Cafu, Alexandre Mendy et De Préville), en plus des jeunes passés pros et des achats de joueurs prêtés la saison précédente (Sabaly et Jovanovic). Or, lorsqu’on renouvelle autant une équipe, on est obligés d’attendre que la mayonnaise prenne. Et quand elle ne prend pas, on a l’air un peu bête. Surtout, les cadres historiques du club sont en voie de disparition dans l’effectif. Qui porte aujourd’hui les valeurs et l’histoire du club, à part Plasil ? En ce sens, l’arrivée de Paul Baysse cette semaine est intéressante. En plus de constituer un bon choix en défense centrale, Baysse a la particularité d’avoir été formé au club, mais forcé de partir à Sedan pour percer. Sans aucun doute, ce fan girondin de toujours aura à cœur de montrer aux dirigeants qu’ils ont eu tort de ne pas le garder.

Gourvennec, responsable du naufrage ou commandant malheureux d’une épave ?

Les Ultramarines veulent sa tête. Ils la demandent jusqu’à Granville, où une banderole exigeant la démission de Jocelyn Gourvennec est venue troubler la quiétude du petit stade municipal. Mais vouloir la démission de Gourvennec, c’est certainement se tromper de combat. Le coach bordelais a, la saison passée, su insuffler des principes de jeu à une équipe qui en manquait cruellement, après les échecs Francis Gillot et Willy Sagnol. Il a redonné de l’optimisme au club. N’oublions pas qu’il a réussi à mener Guingamp en coupe d’Europe, à maintenir confortablement un effectif plus faible individuellement que celui des Girondins, avant de hurler avec la meute.

Surtout, on peut réellement se demander comment Bordeaux a pu prendre autant de valeurs montantes du coaching sur son banc sans obtenir de résultats à la hauteur. Jean Tigana n’a pas réussi à faire la moitié de ce qu’il a réalisé à Fulham. Idem pour Gillot qui avait brillé à Sochaux, et Sagnol qui était à la tête des Espoirs français. Tous ont fini sur l’échafaud du Haillan, sans qu’on leur ait vraiment donné une marge de manoeuvre. Si Gourvennec n’obtient pas de résultats convenables d’ici quelques semaines, il n’ira pas, lui non plus, au bout de la saison. Les intérimaires habituels au poste (Ulrich Ramé, Eric Bédouet ou Michel Pavon) se frottent déjà les mains…

La direction en cause

Tant de grands noms incapables de réussir sur les bords de la Garonne, ça cache forcément quelque chose. L’entraîneur, à Bordeaux, n’est en réalité qu’un fusible, un bouclier humain derrière lequel se cache la direction, comme pour ne pas voir ses propres erreurs. On ne peut que déplorer son manque de connaissances et de stratégie, à la fois en termes de football et de business. Comment se fait-il que le directeur technique actuel, en théorie chargé de superviser le recrutement et constituer des réseaux, soit Ulrich Ramé ? Sans remettre en cause l’exemplarité de Ramé, on peut se demander s’il est réellement le plus qualifié pour bâtir une stratégie de business foot. Que penser de l’achat de Nicolas de Préville, pour 10 millions, censé être le buteur recherché par l’équipe alors qu’il a un profil de faux neuf ?

Les Girondins ont toujours privilégié les historiques du club pour assurer les fonctions de l’organigramme (Jérôme Bonnissel au recrutement jusqu’en 2016, Ramé à la direction technique…). Cette volonté de leur accorder une reconnaissance est tout à fait louable. Mais à l’heure où il faut prendre en marche le train du foot business et suivre la cadence imposée par les mastodontes européens, les errances des historiques s’apparentent à de l’amateurisme. Surtout, sans stratégie cohérente, M6, qui cherche secrètement à lâcher le club, ne pourra pas trouver de repreneur. Le remplacement de Jean-Louis Triaud par Stéphane Martin, ex-banquier d’affaires, à la présidence du club, avait suscité de l’espoir. Pour le moment, les espoirs sont déçus. Gageons que les Girondins auront la présence d’esprit de faire rentrer des gens capables d’assurer une direction sportive cohérente, comme le fait Antero Henrique au PSG. Ou qu’Ulrich Ramé se révèle finalement être l’homme de la situation.

Quelle issue pour cette saison ?

Bien évidemment, pour le moment, les Girondins sont quinzièmes et donc pas relégables. Avec la mise en place du barrage de relégation et la faiblesse de certains concurrents directs comme Metz, Angers, Toulouse ou Saint-Etienne, on a de bonnes raisons de croire au maintien de Bordeaux. Le mercato d’hiver devrait aussi permettre à l’équipe de se renforcer. Pour le moment, le milieu défensif de Monaco Soualiho Meité a été recruté en prêt, et Baysse a été acheté à Malaga. Mais l’attitude des joueurs et de la direction donne aux fans bordelais de bonnes raisons d’avoir des sueurs froides. Ce n’est pas en faisant l’autruche qu’on évite la descente en Ligue 2, ça se saurait. Les Girondins ont souvent été dans des situations délicates. La prise de conscience a toujours eu lieu et ils s’en sont sortis à chaque fois. Mais là, elle n’est pas encore arrivée. A force de voir dans le licenciement du coach une bonne vieille recette miracle qui marche à chaque fois, et d’étouffer toute tentative de remise en cause de la politique du club, la direction pourrait avoir de mauvaises surprises dans quelques mois…

Image à la une : Luc Legay – Flickr

A propos de Benjamin Mondon 183 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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