Philippe Broussard : “Le public nantais, un bel exemple de contre-pouvoir positif”

Dans la première partie de son interview, Philippe Broussard s’est montré bien peu confiant sur l’avenir des groupes de supporters, une analyse confortée par les récents événements qui se sont déroulés lors du match entre l’OGC Nice et l’ASSE, hier. Il revient néanmoins dans cette seconde partie sur les publics qui montrent que la culture ultra est toutefois loin d’être morte.

Vous livrez une analyse bien pessimiste concernant l’avenir des groupes ultras, est-ce une fin rédhibitoire ?

Les groupes de supporters n’ont un avenir que s’ils s’inscrivent dans une démarche de contestation positive ou de contre-pouvoir positif, c’est à dire que par exemple, je pense que ce qu’il se passe à Nantes, ça me semble bien parce que ce sont des gens qui ont gardé leur liberté de pensée et qui l’ont prouvé ces dernières années en contestant la direction du club quand il fallait la contester mais qui pour autant, aujourd’hui, soutiennent leur équipe et tout le monde s’extasie aujourd’hui devant l’ambiance qu’il y a au Stade de la Beaujoire ou en déplacement. À mon avis, c’est un bel exemple pour l’instant, il ne faut pas qu’ils perdent de vue qu’ils incarnent la mémoire d’un club et qu’ils peuvent agir comme un contre-pouvoir. Vu de l’extérieur, j’ai l’impression qu’il s’est créé un rapport de force bénéfique pour tout le monde, à la fois pour les supporters que pour le club et les joueurs. Il faudra voir si la situation reste la même quand il y aura un petit coup de moins bien sportivement parlant. Je pense que les dirigeants l’ont compris car il n’y a pas une semaine où l’on ne les voit pas s’extasier devant leurs supporters. Mais j’ai des échos aussi du côté de Nice où l’on sent que le club, profitant du fait qu’il y ait un nouveau stade, veut capitaliser sur tout cela et entretenir des relations avec son public pour garder le côté populaire du foot, et c’est une évidence, les dirigeants finissent par comprendre que sans groupe de supporters il n’y a pas d’ambiance dans les stades, on est pas au théâtre.

Brigade Loire Nantes

Vous avez donc une certaine expérience des championnats étrangers, on parle beaucoup du public de Dortmund au niveau européen et bien peu des pays d’Europe de l’Est, pourtant réputés pour leurs ambiances particulièrement chaudes, quel public vous impressionne le plus ?

Je ne fréquente plus suffisamment les stades étrangers pour avoir une idée précise, mais j’ai vu les gens de Dortmund venir à Paris il y a quelques années, mais franchement je pense que c’est quand même ce qui se fait de mieux en Europe, il se dégage quelque chose de très fort et en plus les joueurs le ressentent vraiment, en sont conscients, y a eu des débordements récemment lors du derby contre Schalke mais on a le sentiment que la communauté des supporters fait un peu sa police elle même et là aussi je pense que c’est un équilibre qui est pas mal trouvé. Et puis faut voir d’où ils viennent, je ne vais pas remonter à avant-guerre, mais Dortmund dans les années 90, en terme de hooliganisme, c’était assez costaud quand même. Je ne dis pas qu’il n’y a plus de problèmes, mais ils ont très bien évolué.

Au contraire, ce qui me désole un peu avec l’Angleterre, c’est de voir l’évolution de l’ambiance dans certains grands clubs, quand je vois l’ambiance à Chelsea ou l’ambiance à Arsenal, c’est catastrophique par rapport à ce que ça a pu être. Heureusement il y a certains clubs, ne serait-ce qu’à l’extérieur, comme Tottenham, des clubs très populaires… J’ai eu l’occasion récemment d’aller voir un Arsenal – Chelsea à l’Emirates, et on sent que le public a évolué, le public entonne moins facilement des chants, alors il soutient son équipe, les gens sont passionnés quand même, mais il n’y a plus la chaleur, la ferveur populaire qu’il régnait avant dans les stades anglais.Chelsea et Arsenal par exemple se sont largement embourgeoisés, c’est un peu, toutes proportions gardées, ce qu’il se passe actuellement à Paris.  

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