Philippe Broussard : “Le mouvement ultra est petit à petit en train de mourir”

Philippe Broussard, rédacteur en chef de l’Express mais surtout auteur du livre Génération Supporter, s’est livré à nous pour nous faire part de son avis de journaliste sur le mouvement supporter et son évolution depuis les années 80′. Première partie d’une interview inédite, riche en information et pleine de vérités sur ces supporters engagés auprès de leur équipe.

Les supporters du mouvement ultras sont souvent considérés comme repliés sur eux mêmes, comment êtes-vous parvenu à faire votre place dans un milieu fermé ?

C’est un milieu qui n’était pas aussi fermé que ça à cette époque (ndlr : lors de la publication de son ouvrage en 1990). Il se trouve qu’à titre personnel, j’ai beaucoup fréquenté les stades avant d’être journaliste, je n’étais pas pour autant membre d’un groupe quelconque mais j’avais disons mes habitudes au Parc des Princes où j’allais très souvent et donc je connaissais un peu ce monde là. J’allais aussi en Angleterre assez souvent pour assister aux matchs par plaisir avant que ce ne soit mon métier et quand j’ai commencé à m’y intéresser en tant que journaliste c’est à dire à partir de 1985, j’ai utilisé les premiers contacts que j’avais notamment à Paris et qui m’ont permis d’avoir des contacts et de rebondir en quelque sorte un peu en Italie, grâce à des parisiens, j’ai fait la connaissance de Milanais, grâce à des Milanais, j’ai fait la connaissance de gens à Bruges, puis en Grèce et ainsi de suite. C’est comme ça que petit à petit je me suis constitué une sorte de carnet d’adresse de points de chute, de gens dans différents pays et après, à chaque fois la démarche était la même, j’allais au contact de ces gens là, j’allais au stade avec eux, je regardais comment fonctionnait ce monde en tant que journaliste, en tant qu’observateur. Beaucoup de gens m’ont posé cette question, “mais comment vous avez-fait”…, mais les ultras, ce n’est pas Al-Qaïda, moi je pars du principe que ce sont des gens normaux, intelligents, abordables. Ça n’a donc pas été si compliqué que ça, après, il y avait quand même déjà une méfiance vis à vis des journalistes, mais pas comme ça a pu l’être par la suite.

Les ultras du PSG au Trocadéro pour la remise du trophée

 Est-ce que finalement, cette crainte des ultras vis à vis des médias n’est pas logique au vu du traitement médiatique dont ils ont été l’objet, notamment avec l’épisode de la célébration du titre parisien au Trocadéro ?

Après, je pense que les torts sont partagés, d’un côté, du point de vue de certains médias, il y a une méconnaissance du milieu des supporters, pas seulement des ultras, mais de l’ensemble de la galerie des supporters, quand on ne connait pas très bien quelque chose, on en parle parfois mal, de manière un peu déformée… Et puis quand je dis que les torts sont partagés, il faut bien se dire que les supporters eux-mêmes, notamment les ultras, ont connu et connaissent encore parfois certaines dérives qui font que on peut comprendre aussi qu’on soit méfiant vis à vis d’eux. Quand on s’attarde sur ce qui a pu se passer à Paris avec les différents morts qu’il y a eu ces dernières années ou quand vous voyez certains actes de violence, on peut comprendre que quelqu’un de l’extérieur ne comprenne justement pas. Après, le reproche que l’on peut peut-être faire aux ultras, c’est précisément parfois, pas pour tous, de se refermer sur eux mêmes, sur leur milieu, et de ne pas intégrer cette dimension de communication et d’image qui est, à mon avis, essentielle.

Vous avez rédigé votre livre en 1990, nous sommes aujourd’hui en 2013, quel regard portez-vous sur le mouvement ultra ? La culture supporter a t-elle évoluée en 20 ans ?

Oui, je pense qu’il y a un changement fondamental quand même, c’est à dire qu’il y a une forme de repli sur soi qui est du au fait qu’il y ait eu à la fois une pression de la police et des pouvoirs publics de manière générale plus forte qu’à une époque ce qui a réduit la marge de manœuvre des supporters engagés. De ce point de vue là, il y a quelque chose de nouveau, après, l’analyse un peu pessimiste que je tire est que le mouvement ultra est petit à petit en train de mourir. C’est assez choc ce que je dis, mais je ne dis pas qu’il n’y a plus personne, il y a encore des gens, il y a encore des groupes importants bien sûr qui mettent l’ambiance dans les stades mais petit à petit le contexte devient de plus en plus difficile, il y a évidemment le cas emblématique en France de Paris, mais il y a des signes qui montrent que tout ça est en train de se réduire très sérieusement avec les interdictions de déplacement pour certains groupes, lyonnais, niçois et autres… ça montre que la stratégie des pouvoirs publics est en train d’évoluer et que les groupes sont condamnés à avoir moins d’activité d’une certaine manière et peut-être à évoluer un peu à la manière des italiens, c’est à dire qu’en Italie, l’âge d’or des ultras est passé depuis longtemps, il y a des stades qui sont vides qui ne l’étaient pas avant, des groupes qui se sont auto-dissous du fait de leur histoire ou des sanctions policières. Ce qui me choque quand on regarde les matchs en Italie, c’est que les tribunes sont beaucoup plus vides qu’elles ne l’étaient dans les années 80, alors bien sûr, il y a du monde dans les virages, mais tout ça, c’est un aspect du déclin général du football italien. Mais il y a une évolution qui petit à petit tend à éloigner les ultras des stades , je ne dis pas qu’on est complètement dans la phase terminale de tout ça mais c’est l’indication que ça donne.

Vous pourrez retrouver dès demain la deuxième partie de l’interview de Phillipe Broussard sur notre site !

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