Premier League 2015/2016 : on s’en souviendra

L’édition 2015/2016 restera, quoi qu’il arrive, comme la plus incroyable saison qu’ait connu le championnat d’Angleterre. Si la hiérarchie est souvent bousculée en Premier League, elle a totalement été remise en question cette année.

Impossible n’est pas Leicester

Qui aurait cru, au début de la saison, que Leicester, un temps dernier du championnat la saison dernière, qui avait souffert jusqu’au dernier moment pour se maintenir, serait champion d’Angleterre ? Même les rares parieurs à avoir pronostiqué le miracle l’avaient fait pour la blague ou par fidélité à leur équipe. Il n’empêche que les Foxes, même s’ils n’ont pas encore remporté le titre, n’ont jamais été aussi près du sacre national, après leur victoire 2-0 à Sunderland hier, qui maintient l’écart de 7 points avec le dauphin Tottenham. Plus que trois victoires et la fête sera totale dans une ville plus connue pour son équipe de rugby que pour son club de foot.

L’histoire est encore plus belle lorsque l’on sait d’où viennent les joueurs de Leicester. Un ancien ouvrier à l’usine écumant les divisions inférieures devenu meilleur buteur de son équipe et international anglais (Jamie Vardy), un ancien joueur du Havre à 16 buts et 11 passes décisives (Riyad Mahrez), un milieu de terrain infatigable qui jouait dans l’anonymat le plus complet à Sarcelles il y a encore quelques années (N’Golo Kanté), un capitaine dont c’était la deuxième saison en première division (Wes Morgan)… Tout ça sous la houlette de Claudio Ranieri, un entraîneur efficace et expérimenté dont les deux dernières expériences, à Monaco et à la tête de la sélection grecque, avaient tourné court faute de résultats. Le seul mot d’ordre donné par Ranieri à ses joueurs était de se battre sur le terrain, de ne rien lâcher, de donner le meilleur d’eux-mêmes pour se maintenir.

Force est de constater que, galvanisés par cette consigne, ceux-ci se sont sublimés pour réaliser l’impossible, jusqu’à faire pleurer leur coach après le succès à Sunderland. Portés par l’intenable duo Vardy – Mahrez et des cadres qui font proprement leur travail dans l’ombre (Drinkwater, Fuchs, Morgan…), déjà qualifiés pour la prochaine Ligue des Champions, les Foxes seraient la première équipe surprise à remporter le championnat anglais depuis Blackburn en 1995.

Tottenham, un second qui a de la gueule

Moins surprenant que Leicester, Tottenham n’était pourtant pas attendu à ce niveau en début d’année. Actuel dauphin de Leicester, l’espoir d’être sacré champions est faible pour les Spurs, mais leur victoire 3-0 face à Manchester United hier a consolidé leur deuxième place.

Mauricio Pochettino, l’une des révélations de la saison dernière sur le banc de Southampton, s’est fait l’apôtre d’un jeu tourné vers l’attaque. Le jeune Dele Alli, 20 ans aujourd’hui et déjà incontournable en club comme en sélection, est l’une des pièces maîtresses d’un dispositif ultra-offensif. Harry Kane, meilleur buteur du championnat avec 22 unités, a explosé cette saison, bien aidé par les Eriksen et autres Lamela. Meilleure attaque de Premier League, Tottenham est également la défense la plus performante de la ligue. Une solidité qu’elle doit à ses cadres comme Kyle Walker mais surtout à un Hugo Lloris impérial dans les buts.

Le “Big Five” à la traîne

Peut-être plus surprenante que les parcours de Leicester et de Tottenham, la méforme des équipes du “Big Five” (Arsenal, Chelsea, Liverpool, Manchester City, Manchester United) a atteint un tel point qu’aucun de ces clubs ne semble aujourd’hui en mesure de concurrencer le duo de tête.

Arsenal, comme chaque année, déçoit, et il serait peut-être temps pour Wenger de procéder à des changements radicaux pour remédier à ce problème. Leader entre la 19e et la 22e journée, alors qu’il avait distancé ses rivaux traditionnels dans la course au titre, le club de Londres n’a pas vu venir Leicester et Tottenham en embuscade. Le besoin de renouvellement n’est pas spécifique à Arsenal, actuel troisième. City (4e), qui sera coaché par Pep Guardiola l’année prochaine, et United (5e), où José Mourinho est annoncé, n’ont pas été au niveau cette année à cause de ces fins de cycle. De gros mercatos auront donc lieu cet été.

Liverpool, neuvième de Premier League, conclut encore le championnat de manière décevante. Mais le départ de Brendan Rodgers, remplacé par Jürgen Klopp, couplé à un bon parcours en League Cup (finale perdue face à City) et en Europa League (actuellement en quarts de finale face au Borussia Dortmund).

La palme de la plus grosse déception revient à Chelsea. Qui s’attendait à voir les Blues, champions en titre, dixièmes de Premier League à dix journées de la fin ? José Mourinho, trop sûr de ses convictions, a une nouvelle fois montré que la troisième saison dans un club était toujours fatale à sa méthode. Viré en décembre, il a été remplacé par un valeureux Guus Hiddink qui n’a pourtant pas pu ramener Chelsea vers les sommets. Les Londoniens ne disputeront pas de coupes européennes l’an prochain, et il y a de bonnes raisons à cela. Les velléités de départ et la méforme d’Eden Hazard, le contrecoup connu par Diego Costa après sa grosse saison l’an dernier, l’âge avancé de certains des cadres (Terry, Ivanovic), le malaise au sein de l’équipe, un recrutement raté (Falcao, Alexandre Pato)…

La saison prochaine, ces équipes du “Big Five” devraient pourtant être de retour au sommet. Leicester et Tottenham auront-ils suffisamment de ressources pour transformer le haut du championnat en “Big Seven” ? Ou y verra-t-on d’autres équipes surprises, comme le West Ham de l’excellent Dimitri Payet ? Le suspense reste entier.

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