PSG : pourquoi le bateau coule ?

La saison 2018-2019 a été très longue pour les supporters parisiens. Elle s’est achevée hier soir sans gloire, suite à une défaite sèche sur la pelouse de Reims (3-1). Après une première partie d’exercice canon, le PSG a fini en roue libre, éliminé de toutes les coupes (C1 par Manchester United, Coupe de France par Rennes et Coupe de la Ligue par Guingamp) et n’accrochant que la Ligue 1 à son palmarès.

Un constat d’autant plus surprenant quand on connaît les moyens pharaoniques et les grandes ambitions affichées par la direction parisienne. Zoom sur les raisons de cet échec retentissant.

Nasser Al-Khelaïfi, l’homme de la situation ?

Nasser Al-Khelaïfi a été imposé par le Qatar dès son arrivée au capital du PSG en 2011. Depuis, l’ancien tennisman s’est montré très présent, à la fois dans l’espace médiatique et auprès de ses salariés. Ses qualités d’homme d’affaires ne sont plus à prouver depuis bien longtemps. Aux côtés du directeur marketing Jean-Claude Blanc, il a permis au club de gagner en attractivité. Les revenus en merchandising s’élevaient ainsi à 55 millions d’euros en 2017-2018, grâce au partenariat avec la marque Air Jordan. C’est quatre fois plus qu’à l’arrivée du Qatar.

L’avenir s’assombrit pour Nasser

Mais aujourd’hui, le management de Nasser pose question. D’abord, parce qu’il vient d’être mis en examen pour corruption active dans le dossier de l’attribution des Mondiaux d’athlétisme 2017 et 2019. Une accusation qui affaiblit sa crédibilité. Mais le principal problème dans la gestion du président vient de son rapport aux joueurs, parfois très personnel. Il aurait ainsi la ligne directe de certains de ses cadres. Ces joueurs dîneraient régulièrement avec lui et s’adresseraient à lui en le tutoyant. Un mode de fonctionnement qui crée nécessairement un phénomène de “chouchous”, et inimaginable dans les autres top clubs européens.

Aujourd’hui, affaibli par les accusations de corruption et secoué par les nombreux problèmes du club en interne, l’avenir de Nasser à la présidence du PSG s’écrit au conditionnel. La short-list des prétendants habituels, Nicolas Sarkozy en tête, devrait bientôt refaire surface dans les médias. Une question demeure : le Qatar privilégiera-t-il l’aspect sportif ou la continuité d’un juteux business ?

Antero Henrique, un directeur sportif totalement à côté de la plaque

La présidence n’est pas le seul secteur du PSG qui inquiète. Antero Henrique, directeur sportif, est souvent pointé du doigt. Le Portugais, arrivé en grandes pompes en 2017 après l’échec cuisant de Patrick Kluivert à ce poste, a pourtant toutes les cartes en main pour le recrutement. Il avait pourtant réussi le mercato 2017 (Neymar, Mbappé, Dani Alves entre autres). Mais on ne peut pas vraiment qualifier le cru 2018 de grande réussite. Comment comprendre l’achat d’Eric-Maxim Choupo-Moting, censé jouer les doublures de Cavani mais auteur de seulement 3 buts en L1 ? Comment comprendre celui de Leandro Paredes, acheté à prix d’or et censé pallier la pénurie de milieux relayeurs alors qu’il joue 6 et qu’il était notoirement surcôté ?

Henrique, ici avec Nasser Al-Khelaïfi et Thomas Tuchel (de dos)

Derrière ces achats incompréhensibles, il y a une volonté de la part d’Antero Henrique de reproduire le modèle qui a fait son succès au FC Porto. Ce modèle consistait à acheter des joueurs et à faire croître leur valeur pour réaliser des marges à la revente. Henrique a réussi avec Neymar, Mbappé ou Bernat, dont la valeur a augmenté. Difficile d’en dire autant pour Choupo-Moting ou Paredes. Sur le plan sportif, le modèle du FC Porto est pourtant inapproprié pour Paris. Plus que de faire de la revente, c’est de trouver des leaders et des cadors dont le PSG a besoin. A moins que l’export soit justement tout ce que recherche le Qatar…

L’isolement de Thomas Tuchel

Antero Henrique est par ailleurs devenu gênant pour le staff parisien. Il est quasi-officiellement embrouillé avec Thomas Tuchel. Alors que le coach parisien réclamait à tout prix des milieux relayeurs à l’été 2018, il n’a eu que tardivement l’arrivée de Paredes, milieu défensif, au mercato d’hiver. Pendant ce temps, les rares relayeurs du PSG se faisaient la malle, avec le départ de Lo Celso et la mise à l’écart de Rabiot. Ainsi, Henrique espère peut-être se débarrasser d’un entraîneur peu conciliant sur le mercato.

Au-delà de son isolement par rapport à la direction sportive, Tuchel semble désormais distant de ses joueurs. Ses choix tactiques n’ont bien évidemment pas toujours été parfaits, à l’image de l’échec relatif de la rotation Alphonse Areola / Gianluigi Buffon dans les cages. Mais l’autorité de Tuchel sur son vestiaire a souvent été remise en cause, alors que l’Allemand avait une réputation d’homme de fer. Le dernier épisode de cette fronde remonte à quelques jours, quand Neymar a réclamé l’autorisation au coach de se rendre au Brésil. Une demande refusée par Thomas Tuchel, préférant voir son poulain assister à la dernière journée de Ligue 1. Finalement, Neymar a pu obtenir l’autorisation auprès… d’Antero Henrique. Interférence, vous dites ?

Des joueurs en quête de leadership

L’attitude des joueurs est aussi problématique. A l’image de Neymar, ils sont confortés dans leurs petits avantages princiers. Aujourd’hui, ils n’ont plus le recul nécessaire pour se remettre en question. Un péché par excès de confiance qui explique la quantité de remontadas que le PSG a encaissé cette saison, comme contre United ou Rennes.

C’est rouge, mais Kylian Mbappé ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Quelques instants plus tard, son PSG va s’incliner en finale de Coupe de France, face à Rennes aux tirs au but.

Les mercatos successifs ont apporté leur flot de stars à Paris. Mais le leader y est malheureusement devenu une espèce en voie de disparition. Le PSG se hissait autrefois en quarts de la Ligue des Champions grâce à des cadres (Ibrahimovic, Alex, Thiago Motta, Lavezzi…) qui apportaient davantage sur le plan mental que technique. Des joueurs qui donnaient tout leur cœur, et qui distribuaient les claques à leurs coéquipiers quand il le fallait.

Ce temps semble lointain, et aujourd’hui le PSG ne passe plus la barre des huitièmes de Coupe d’Europe. Thiago Silva a beau être l’éternel capitaine, il n’a aucune prise sur son groupe et aucun leadership. Marquinhos, qui semblait être à même de devenir un meneur d’hommes, n’a jamais confirmé. Contre Rennes, lors de la séance de tirs aux buts, il a préféré laisser les Rennais tirer les premiers alors qu’il avait le choix. Une erreur colossale, car la première équipe à tirer a plus de chances de l’emporter.

Mais les deux Brésiliens ne sont pas les seuls à blâmer. Neymar, superstar de l’équipe, revendique des responsabilités mais n’a jamais répondu présent dans les plus grands rendez-vous. Idem pour Mbappé, auteur d’une déclaration à l’emporte-pièces sur son avenir, et dont l’image de gendre idéal part chaque semaine un peu plus en fumée. Edinson Cavani, seul cadre exemplaire apte à mettre ses coéquipiers face à leurs responsabilités, semble isolé dans le vestiaire. Il se dit même qu’il serait sur le départ…

Aujourd’hui, seule une révolution pourrait remettre le PSG sur les bons rails. Mais l’orientation business du Qatar au détriment du sportif, les bisbilles internes du club et l’attitude des cadres la rendent chaque jour plus improbable.

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Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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