Quand Jürgen Klopp se confie … !

Dans une très longue et intéressante interview donnée au Guardian, Jürgen Klopp, l’entraîneur du Borussia Dortmund, s’est confié en long et en large. Pour notre plus grand bonheur.

Klopp à propos de Dortmund : « Dans le football, c’est le projet le plus intéressant au monde ». Un amour pour Dortmund que Klopp avait déjà eu pour Mayence, auparavant. Klopp, qui y fut défenseur alors que le club était en seconde division, compare d’ailleurs les deux équipes. « Tout comme chaque personne qui travaille à Dortmund est un fan du club, il en était de même à Mayence. Quand j’y étais joueur, on avait derrière nous le samedi 800 supporters. Et le jour où l’on mourrait, personne ne l’aurait remarqué ou ne serait venu à nos funérailles. Malgré ça, on aimait tous le club et on a aujourd’hui le même rapport avec Dortmund. C’est un club vraiment particulier …un club de bosseurs ! Explique-t-il au journal anglais. J’ai quitté Mayence après dix-huit années en me disant « la prochaine fois, j’y mettrais moins de coeur ». Je m’étais dit ça parce qu’on avait pleuré pendant une semaine. La ville a fêté avec nous notre départ pendant une semaine. Et pour toute personne normale, c’est trop. Je m’étais dit que ça ne pouvait être bon de travailler ainsi. Et pourtant, après une semaine à Dortmund, on retrouvait la même situation. Vivre cela deux fois, c’est tout de même rare. ».

Avant que Jürgen Klopp n’arrive en 2008, Dortmund était passé d’un titre en Ligue des Champions en 1997 à une presque faillite en 2005 (le club avait dû à l’époque vendre 75% de son stade, le Westfalenstadion, à une société immobilière et avait dû demander une aide financière au Bayern Münich, honte suprême). Sauvé de peu, le club a vu ses recettes doubler depuis 2007, pour atteindre, en 2012, 189 millions d’euros. Des revenus qui devraient largement exploser en 2013 avec la finale en Ligue des Champions pour laquelle ils sont qualifiés (et qui aura lieu samedi) et la vente de Götze (ainsi que la vente probable de Lewandowski, témoignant quand même de l’écart qui reste au club pour combler l’écart qui le sépare des plus grosses écuries européennes, et notamment de son concurrent bavarois), et qui permettent au club allemand de maintenir un prix d’abonnement très faible au regard des autres cadors européens (190 euros en moyenne pour les 25 000 abonnés annuels dans la tribune debout de leur stade mythique qui réunit à chaque match 82 000 spectateurs). La direction du club avait par ailleurs estimé qu’en y installant des sièges, le club gagnerait environ cinq millions d’euros par an … C’est dire à quel point le club se sent reconnaissant à l’égard de ses supporters – qui ont participé à la sauvegarde du club et qui participent à l’image florissante de celui-ci -.

 

À propos du Bayern, Klopp n’est d’ailleurs pas tendre, bien que plein d’ironie. Quand il est question du transfert de Götze et du potentiel départ du serial buteur Lewandowski pour le Bayern Münich, Klopp réagit ainsi. « Que puis-je dire ? Si c’est ce que le Bayern veut … C’est comme dans James Bond – sauf qu’ils sont les méchants ». Avant d’ajouter, « le Bayern veut connaître une décennie de victoires comme ça a été le cas pour le Barça. Quand on a l’argent, on a plus de chance de tout remporter. Mais ça ne garantit pas les victoires pour autant. A Dortmund, nous ne sommes pas un supermarché mais ils savent qu’ils peuvent se servir car on ne peut financièrement pas rivaliser avec eux. Cela dit, on pourrait faire comme le Real et le Bayern et ne pas nous préoccuper de nos impôts (i.e et donc de s’endetter pour rivaliser avec les offres de ces clubs), et laisser les générations futures se débrouiller avec nos problèmes. Mais ça n’est pas comme ça qu’on marche. On doit travailler sérieusement. On a une certaine somme d’argent dont on peut se servir. Et quand on ne peut pas rivaliser, alors on doit consentir à perdre des joueurs. L’année dernière, c’était Shinji Kagawa (ndlr : arrivé en 2010 au club en provenance du club japonais Cerezo Ozaka pour 350 000 euros, et vendu en 2012 pour quinze millions d’euros, plus six millions de bonus, à Manchester United) ».

 

Un Kagawa que Klopp semble amèrement regretter. En se cognant la tête, de dépit, l’entraîneur a regretté que « Shinji Kagawa, un des meilleurs joueurs au monde, ne joue que vingt minutes par match à Manchester et en plus sur le côté gauche (ndlr : Kagawa était le meneur de jeu de Dortmund). J’ai le cœur brisé. J’en pleure, sincèrement. Shinji est avant tout un meneur de jeu, et avec un des meilleurs sens du but que j’ai vu. Mais pour la plupart des Japonais, jouer pour Manchester United est plus flatteur que de jouer pour Dortmund. Quand il a quitté le club, on a pleuré dans les bras l’un de l’autre pendant vingt minutes. Un an plus tôt, c’était Nuri Sahin qui rejoignait le Real Madrid parce qu’il s’agit du plus grand club au monde [ndlr : un joueur qui est rentré deux ans plus tard à Dortmund après quatre apparitions pour le club Merengue et un prêt peu fructueux au Real Madrid]. Alors que si les joueurs acceptaient d’être davantage patients, on pourrait tous ensemble faire de l’équipe une des meilleures du monde ».

 

Quand on lui parle de la perte de Götze, l’entraîneur de 45 ans réagit avec philosophie. « C’est absolument normal que les personnes prennent des directions différentes. Quand j’avais dix-huit ans, je voulais voir le monde entier. Mais depuis, je n’ai connu que Mayence et Dortmund … C’est naturel qu’ils veulent aller ailleurs. Seulement ils y vont et, merde alors, ce n’est pas pareil. Ce n’est pas à quoi ils s’attendent ». En bref, l’herbe n’est pas plus verte ailleurs … Quand il a appris que Götze allait quitter le club cet été, ça a été pour lui « une crise cardiaque. C’était le lendemain de la victoire face à Malaga en quart de finales de la Ligue des Champions – avec deux buts ô combien inespérés dans les dernières minutes -. J’ai eu un jour pour fêter la qualification et ensuite, il a fallu redescendre sur terre. Michael Zorc (le directeur général) s’est approché avec la tête des mauvais jours et a dit « Il faut que je te dise quelque chose. Il n’est pas impossible que … ». Il m’a demandé si je voulais en parler et j’ai répondu que je devais partir. Le soir même, je devais aller à une avant-première d’un film avec ma femme et dans lequel un bon ami joue. Arrivé à la maison, je lui ai dit que je ne pouvais pas y aller. Il me fallait rester seul avant de pouvoir m’y remettre dès le lendemain ».

L'équipe de Dortmund en communion avec son public fantastique
L’équipe de Dortmund en communion avec son public fantastique

 

On dit d’ailleurs que certains joueur ont été tant touchés par l’annonce à propos de Götze qu’ils n’ont pu en dormir. « C’est la vérité, concéda Klopp. J’ai appelé six ou sept joueurs que je savais particulièrement touchés par la nouvelle. Ils pensaient qu’ils n’étaient pas assez bons sans lui et ils voulaient gagner ensemble. C’est pour cela qu’ils ont tant été atteints. Seulement le Bayern a fixé un ultimatum à Götze. C’était maintenant ou jamais. Je lui ai pourtant dit qu’ils reviendraient à l’attaque chaque année … mais il a 20 ans et il s’est dit qu’il devait y aller. Je sais à quel point ça va être difficile de trouver un joueur pour le remplacer mais la saison prochaine, nous allons jouer différemment. Ça prendra simplement un peu de temps … ».

 

En causant tactique de jeu, Klopp reconnut que lui et son premier entraîneur, Wolfgang Frank, étaient fascinés par le boulot de Sacchi à Milan. « Même si on était en deuxième division, on était la première équipe allemande à jouer en 4-4-2 sans libéro. On a regardé plus de 500 fois cette vidéo où Sacchi dirige des ateliers de défense, sans balle, avec Maldini, Baresi et Albertini. On a compris après ça qu’on pouvait battre de meilleures équipes en utilisant des tactiques ». En plus du pressing incessant et des transitions rapides qui caractérisent le jeu de Dortmund, Klopp a trouvé une façon de contenir Xabi Alonso et Cristiano Ronaldo. Le fait que, depuis, José Mourinho l’appelle régulièrement est d’ailleurs un signe du pallier franchi par Klopp et son club. L’entraîneur de Dortmund a concédé à propos de Messi « qu’il n’y avait aucune arme contre lui quand il est en forme ». Plutôt que de montrer des vidéos du Barça, Klopp préfère montrer à ses joueurs des photos des célébrations de leurs buts. Il leur fait remarquer la façon dont Messi et ses coéquipiers célèbrent leur but comme si « c’étaient les premiers de leur carrière. Je préfère leur montrer ces photos plutôt que des vidéos de leur jeu car je ne m’inspire par d’eux pour cela ».

Mais au-delà de l’aspect tactique, sa faculté de se lier avec ses joueurs est un autre de ses points forts. A Mayence, après avoir mené l’équipe à la promotion en 2004, Klopp organisa un voyage d’avant-saison original. « On a conduit l’équipe à un lac en Suède où il n’y avait pas d’électricité. On est resté pendant cinq jours sans nourriture. Ils ont dû pêcher. Mon adjoint m’avait demandé s’il n’aurait pas été préférable de se préparer en s’entraînant. Je lui ai répondu que non, que je voulais que l’équipe sente qu’elle pouvait survivre à tout. Aujourd’hui, quand je rencontre un de ces joueurs des « forces spéciales », ils me racontent tous l’enfer que cela a été. Dormir chaque nuit dans une putain de tente, à même le sol et les racines. La pluie en permanence et quand cela se calmait … les moustiques ! Mais c’était génial. On se serait cru dans Bravehearts. Puis on est rentré pour le championnat et les gens ne parvenaient pas à comprendre comment on avait fait pour être si forts ».

Une préparation qui a participé à son éclosion médiatique. « Uli Hoeness a demandé à me voir. Il m’a alors confié qu’ils réfléchissaient à deux entraîneurs pour prendre en main en leur équipe. Mais ils ont finalement choisi Jürgen Klinsmann. C’était décevant mais également un honneur pour un entraîneur de seconde division d’être appelé par le Bayern ». En plus du Bayern, Hamburg a également pendant un temps songé à faire appel aux services de Klopp. Un poste qu’il n’a pas eu car, au contraire de Martin Jol – finalement appelé –, lui ne portait pas de costume … « J’ai lu dans les journaux que je n’étais pas le bon pour cette raison, et également parce que les joueurs m’appelaient « Kloppo ». Je ne trouve pas cela irrespectueux. A Mayence, quand j’ai commencé à entraîner, les joueurs étaient mes coéquipiers avant de devenir mes joueurs. Devaient-ils se mettre du jour au lendemain à m’appeler « Monsieur » ? Hambourg s’était dit que si quelqu’un m’appelait Kloppo, alors je ne pourrais pas gagner le respect des joueurs. Je leur ai dont signifié mon refus de venir prendre en main l’équipe. Ce n’était pas possible d’y aller quand on doute autant de moi ».

Une attitude que les dirigeants d’Hambourg doivent probablement regretter aujourd’hui. Lui qui est toujours courtisé par les plus grands clubs, notamment anglais. A ce propos, à quel point est-il lié à Dortmund ? « A l’heure actuelle, je ne pense à rien d’autre qu’à Dortmund. Si je demandais à des clubs de me faire des offres, certains seraient peut-être intéressés. Mais moi non. Dortmund est le projet le plus intéressant au monde. Dans trois ou quatre ans, si quelqu’un voudra alors de moi, alors on pourra en parler. Mais pour l’heure, c’est ici le meilleur endroit pour moi ».

En attendant, on ne peut que se régaler des prouesses de Dortmund, et espérer voir l’équipe ne pas se faire dépouiller de tous leurs meilleurs éléments au profit de Münich.

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