Que faut-il retenir de la saison de Laurent Blanc ?

Laurent Blanc est un entraîneur double champion de France, double quart de finaliste de la C1, et accessoirement vainqueur de 7 des 8 trophées nationaux disputés avec le PSG en deux saisons. Cependant il est aussi l’entraîneur qui divise le plus l’opinion publique avec Bielsa. Coincé entre le statut de “pire entraîneur de l’histoire du PSG” et “meilleur entraîneur français”, Blanc constitue un dossier épineux qu’il convient d’expliquer. 

Il y a deux ans, Nasser, Leonardo et le PSG font des pieds et des mains pour trouver le successeur de Carlo Ancelotti, parti au Real Madrid. Hiddink, Rijkaard, Mancini, Benitez et bien d’autres refusent le poste pour des raisons diverses et variées. Seul Laurent Blanc, 8ème ou 9ème choix selon certaines personnes autour du club de la capitale, accepte le poste et s’engage. On dit alors que c’est une roue de secours, qu’il va faire un an en attendant de trouver mieux. Force est de constater qu’aujourd’hui, plus de deux ans après, il est toujours en poste. A-t-il convaincu Nasser Al-Khelaifi, ou le dirigeant qatari n’a-t-il pas réussi à trouver mieux pour l’instant ?

Le palmarès parle pour lui

En 2 ans, Laurent Blanc aura quasiment tout gagné. Seul Montpellier l’a éliminé en coupe de France l’an passé. Le palmarès du club ne cesse de grandir. On notera d’ailleurs que le club de la capitale est celui qui a remporté le plus de trophées dans l’Hexagone depuis sa fondation en 1970 (24 trophées dont 9 coupes de France). Aujourd’hui, l’argument qui revient le plus pour défendre l’ancien sélectionneur français est ce fameux palmarès. Seulement, aujourd’hui, le PSG n’a jamais autant dominé le championnat français. Avec 490 millions d’euros de budget, son plus proche concurrent se nomme Monaco qui dispose de 160 millions, un gouffre monumental qui explique que la machine parisienne soit impossible à arrêter pour les autres clubs en France. A titre indicatif, le budget de l’OL lors de sa domination des années 2000 n’a jamais dépassé les 250 millions d’euros.

Le PSG fait partie depuis 3 ans maintenant, du top 8 européen, en atteignant régulièrement les quarts de Ligue des Champions où il est tombé deux fois face au Barça. Seulement, lors de ces gros matchs, on n’a pas l’impression que la patte d’un entraîneur se fasse ressentir. Le PSG n’a pas donné l’impression de vouloir se qualifier lors du match au Camp Nou, les Parisiens n’ont fait que 4 fautes en première mi-temps. La presse catalane a d’ailleurs été étonnée par le manque d’engagement des Français. Après avoir perdu 3-1 à l’aller, à domicile, tu peux tenter un truc, c’était normal de tomber face à ce Barça-là, alors tente.

Dans le championnat de France, Laurent Blanc n’a pas besoin de révolutionner son idéologie de jeu, puisque de toute façon, sur 38 journées, c’est quasiment mission impossible de les faire tomber. A partir de janvier où les joueurs se sont remis en cause, un peu tout seul comme des grands (il faut bien le dire), la machine est repartie. Le PSG a fait tomber Chelsea en Ligue des Champions, puis a pris la première place au soir de la 30ème journée, avant de la conserver jusqu’au bout. Certes un titre n’est jamais facile à gagner, surtout quand il y a autant de stars, donc d’egos, à gérer, mais à l’image du Bayern en Allemagne, ou de la Juventus en Italie, l’écart aujourd’hui entre eux et le reste est trop grand pour être comblé, ce qui donne une impression de facilité tant ils ne semblent pas dans le même monde.

2014-2015 n’est pas la plus grande saison du PSG

Faire le triplé c’est historique, il s’agit même d’un quadruplé pour ceux qui se rappellent du Trophée des Champions de juillet dernier. Mais les circonstances font qu’il n’est pas aussi spécial que ça. Les supporters parisiens, ainsi que les observateurs se souviendront plus de la saison 1995-1996 où le PSG remporte la Coupe des Vainqueurs de coupe, car gagner une compétition européenne, avec les émotions qu’il y a eu à l’époque (élimination du Real Madrid au Parc des Princes) font que cela sera toujours plus spécial pour un supporter. C’est pourquoi, comme évoqué précédemment, la différence entre le PSG et ses adversaires rend les choses plus aisées. Avec n’importe quelle tactique, Paris s’en sort. Les joueurs de la capitale n’ont perdu que 3 matchs cette saison, et aucun à domicile.

On sait d’avance qui va jouer. Il n’y a pas de renouvellement tactique, ni avant, ni pendant le match. Le PSG joue dans un jeu de conservation de ballon, presse haut, et s’appuie sur ses individualités. Vers la 60ème minute, Verrati sort, pour Cabaye, Blanc ne touche pas à Motta par crainte, et pas à Matuidi qui n’est jamais fatigué. Ensuite Lavezzi ou Lucas rentrent à la place de Pastore ou Cavani. Là non plus, il ne fait pas sortir Zlatan car il ne peut pas. Et enfin en fin de match, Digne, Rabiot ou Bahebeck rentrent mais toujours du poste pour poste. Un peu comme lorsqu’on joue à FIFA : si un MC se blesse alors on met un autre MC, il n’y a jamais de réflexion tactique. Cela fait 2 ans que l’on sait que Cavani n’est pas au top en ailier, mais il continue pour ne pas froisser Zlatan et parce qu’il ne veut pas dérégler son 4-3-3. Si Ancelotti avait fait jouer Cavani 2 ans en ailier, aucun média français n’aurait critiqué l’Uruguayen, mais le coach italien aurait été questionné à de multiples reprises, et invité sur les plateaux télé pour en débattre.

La comparaison avec le “mister” est d’ailleurs omniprésente autour du PSG, et pourtant elle n’a pas lieu d’être. Ancelotti est un entraîneur confirmé, qui a déjà entraîné les plus grands, et tout gagné. Blanc est un jeune entraîneur qui a explosé une saison et demi avec Bordeaux, mais n’a pas su gérer l’équipe de France, et qui gagne sans gloire au PSG cette saison. La manière dont Paris a joué cette saison n’a marqué personne : à part le but contre Rennes au Parc, où l’action collective est sublime, seuls des exploits individuels les ont sauvés. Lors du match référence contre Chelsea, ils se qualifient sur deux corners, avec des têtes venues d’ailleurs. Sinon, durant le temps où les deux équipes étaient à 11 contre 11, Paris n’était clairement pas en mesure de se qualifier. C’est pourquoi Laurent Blanc n’est pas celui qu’il faut pour que Paris progresse encore au niveau européen.

A titre d’exemple, les grands entraîneurs s’arrachent normalement à cette période, et personne ne se battra dans les tops clubs européens pour avoir Laurent Blanc sur son banc. Rafa Benitez, 4ème de Série A avec Naples, a été préféré au Real, Luis Enrique va partir du Barça et Laurent Blanc ne sera pas dans la short list finale. Ce n’est pas un entraîneur, pour l’instant, qui soulève les foules pour son jeu ou son caractère. Mourinho, Van Gaal, ou Hiddink ne font pas du beau jeu, mais leur charisme fait qu’ils sont respectés par tous.

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