Que va devenir Laurent Blanc ?

Le monde du football français est peuplé d’innombrables chimères qui reviennent incessamment, dès que l’occasion se présente. Pendant plus de dix ans, l’hypothèse d’un come-back de Didier Drogba à Marseille a ainsi été agitée par les médias et les fans olympiens. Autre chimère bien connue des spécialistes de la Ligue 1 : le retour de Laurent Blanc sur un banc.

L’ancien entraîneur de Bordeaux et de l’équipe de France est sans club depuis son départ du Paris Saint-Germain, à l’été 2016. Dès que le banc d’un club important (français ou étranger) se libère, son nom circule. Blanc a ainsi été pressenti pour reprendre le Chelsea d’Antonio Conte en juin 2018. Puis Manchester United après le départ de José Mourinho, en décembre 2018. Plus récemment, Jean-Michel Aulas l’a sondé pour prendre la suite de Sylvinho, en octobre dernier. Mais le boss de l’Olympique Lyonnais s’est finalement rabattu sur Rudi Garcia. Résultat : Laurent Blanc est toujours au chômage.

Un profil de qualité et un bon CV…

De grand défenseur, Blanc a su devenir un grand entraîneur. Secondé par l’expérimenté Jean-Louis Gasset, le champion du monde 1998 débarque en 2007 sur le banc des Girondins de Bordeaux. Sans expérience, il parvient pourtant à accrocher le titre de champion de France au bout de deux saisons. La France tient un nouveau prodige du banc, et son ascension est fulgurante.

En 2010, il prend la relève de Raymond Domenech à la tête de l’équipe de France. Des Bleus en pleine reconstruction, dans la foulée d’un Mondial désastreux. Flanqué de Gasset, Blanc enfile le costume du pompier, au début avec succès. La France fait partie des outsiders pour l’Euro 2012. Pourtant, après une phase de poules en demi-teinte et une élimination en quarts de finale par l’Espagne (2-0), le rêve est brisé. Laurent Blanc quitte donc les Bleus après l’Euro.

Après une année sabbatique, et toujours avec Gasset dans ses valises, Blanc retrouve un employeur. Et pas n’importe lequel : il signe au PSG, champion de France en titre. En trois ans (2013-2016), il glane trois titres de champion. Trop facile, pensent ses détracteurs. C’est en Ligue des Champions que le bât blesse. Le Paris de Laurent Blanc, annoncé comme un des favoris, ne dépasse jamais les quarts de finale. En 2016, une opportunité se présente, mais Blanc la saborde en testant un 3-5-2 inédit contre Manchester City. Paris est encore éliminé en quarts, et son coach, pourtant tout juste prolongé, est poussé vers la sortie à l’été 2016.

… qui manque cependant d’expériences récentes

Depuis bientôt quatre ans, Laurent Blanc n’a pas retrouvé de poste. Le natif d’Alès a pris du bon temps. Ses apparitions publiques sont plutôt rares, se limitant souvent à des matchs de charité. Sans complètement se déconnecter du monde du football, Blanc ne fréquente plus le gotha des tacticiens ni celui des présidents de clubs professionnels.

Cela pose un gros problème. Les exigences tactiques évoluent sans cesse, d’année en année. Elles varient au rythme des effets de mode. Adepte de la conservation du ballon partout où il est passé, Blanc doit à tout prix retrouver un banc pour réactualiser sa connaissance tactique. Sous peine de devenir un entraîneur démodé et à contre-courant de l’évolution du jeu, à l’heure où les équipes qui triomphent sont celles qui savent le mieux s’adapter à l’adversaire.

Deux solutions : repartir un peu plus bas, ou prendre une sélection

Avec ces quatre années de coupure qui l’ont éloigné de la réalité du terrain, Blanc recherche un challenge au plus haut niveau. Les 22 millions d’euros d’indemnités de licenciement du PSG le mettent à l’abri des propositions de clubs exotiques : il n’en a pas besoin.

Actuellement, il ne peut cependant plus prétendre à un top club européen. D’autres tacticiens, plus expérimentés et aux expériences plus récentes, passent devant lui : Massimiliano Allegri ou encore Mauricio Pochettino. Les grands clubs où Blanc a été joueur ont également pourvu leur banc à long terme. C’est le cas du FC Barcelone (Quique Setién), de Manchester United (Ole Gunnar Solskjaer), de l’Inter Milan (Antonio Conte) ou de Marseille (André Villas-Boas).

Blanc a deux solutions. Il peut décider de repartir un peu plus bas que le PSG, en optant pour un club de stature plus modeste. Lyon a étudié sa candidature il y a quelques mois. Ces derniers jours, le nom de Laurent Blanc est apparu en Turquie, pour remplacer Ersun Yanal au Fenerbahçe. Le Fener n’est peut-être pas aussi bling-bling que le PSG, mais il s’agit d’une équipe qui a des moyens financiers et joue les places européennes. Cependant, sur le banc stambouliote, la pression (à la fois populaire et hiérarchique) peut s’avérer trop importante.

Le Français peut aussi décider de prendre en main une sélection. Le Maroc avait pensé à lui pour prendre la suite d’Hervé Renard, mais les deux parties n’ont pas trouvé d’accord. A l’approche de la Coupe du Monde 2022, nombreuses sont les sélections qui vont chercher un grand coach. Mais Blanc ne pourra pas compter sur les renvois d’entraîneurs liés à l’Euro ou la Copa América : les deux compétitions ont été reportées avec la crise du coronavirus.

En tant qu’entraîneur, Laurent Blanc doit évoluer et faire évoluer ses exigences

S’il faudra sans doute réduire ses exigences en terme de standing pour son prochain club, Blanc devra aussi se pencher sur le staff qu’il souhaite faire venir. La question du staff a coincé pendant les négociations avec l’OL. Blanc aurait voulu faire venir un certain nombre de collaborateurs, dont Gasset et Franck Passi. Rudi Garcia, lui, était plutôt favorable à une collaboration avec les membres du staff de Sylvinho. Jean-Michel Aulas, soucieux d’avoir une certaine continuité dans son encadrement, a donc privilégié Garcia aux dépens de Blanc.

Pour le Gardois, repenser son staff, ce sera aussi repenser sa propre place dans l’encadrement. Jadis, Blanc se mettait plutôt en retrait des entraînements et de la vie de son groupe. Il préférait endosser le rôle d’une autorité plus distante, appelée à prendre les décisions importantes. La gestion du groupe et les entraînements, c’était plutôt le travail de Jean-Louis Gasset.

Or, après deux expériences en solo (Montpellier, Saint-Etienne) depuis 2016, Gasset a émis le désir de prendre sa retraite et de couper du football professionnel. On le dit prêt à reprendre du service aux côtés de Blanc si celui-ci l’appelle, mais qu’en est-il vraiment ?

De son côté, le champion du monde 1998 doit apprendre à couper le cordon avec son binôme, aujourd’hui âgé de 66 ans. A 54 piges, Blanc est encore un jeune coach. En retrouvant un banc, il pourra apprendre à assumer la partie jadis dévolue à Gasset pour (re)prendre son envol.

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Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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