Benjamin Mondon

C’est un serpent de mer qui agite les mercatos depuis deux saisons. Pressenti à Paris l’hiver dernier pour remplacer Jérémy Ménez, Yevhen [ou Evgen, selon les retranscriptions de l’ukrainien] Konoplyanka est maintenant annoncé avec insistance du côté de l’Angleterre et de deux destinations alléchantes : Tottenham et Liverpool (où son nom circule déjà depuis quelques mercatos).

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Il reste que ce joueur, régulièrement cité dans la presse spécialiste des rumeurs de transferts (Le 10Sport ou FootMercato en France, le Mirror ou le Sun outre-Manche, Bild en Allemagne…), possède une très faible notoriété auprès du grand public. Impossible de trouver un article digne de ce nom le présentant sur le net. Peut-être qu’un patronyme compliqué, un club méconnu (le FK Dnipro Dnipropetrovsk) qui a par ailleurs éliminé les Verts de l’AS Saint-Etienne en Europa League et s’est qualifié pour les 16èmes de finale de la compétition face à l’Olympiakos, une sélection privée de Mondial par les Bleus (l’Ukraine), y sont pour quelque chose.

Pour comprendre le phénomène Konoplyanka, il faut se rendre à Kirovohrad, importante ville du centre de l’Ukraine. C’est là que le joueur est né en 1989 et c’est aussi là qu’il a fait ses gammes, au sein des jeunes de l’Olimpik, petit club alors en D3 ukrainienne, aujourd’hui disparu. Après être passé par l’équivalent soviétique de la sport-étude, un « DYUSCH« , il intègre vite les U17 du Dnipro Dnipropetrovsk, ville un peu plus à l’est, directement menacée par les conflits qui agitent actuellement la frontière ukraino-russe. Le Dnipro, s’il possède un palmarès plutôt modeste (après le démantèlement de l’URSS, le club n’a remporté que 3 Coupes d’Ukraine) par rapport au Shakhtar ou au Dynamo Kiev, joue souvent un rôle d’outsider en Premier Liha. Une écurie idéale pour permettre à un jeune talent d’éclore.

Yevhen Konoplyanka sous le maillot ukrainien.

Yevhen Konoplyanka sous le maillot ukrainien.

A l’été 2008, le jeune Konoplyanka intègre le groupe pro du Dnipro, en ayant disputé quelques minutes avec les pros l’année précédente. Il commence alors une irrésistible et fulgurante ascension vers les sommets du football ukrainien. Indiscutable au sein du onze du Dnipro dès janvier 2010, Konoplyanka, régulièrement sélectionné en équipes de jeunes ukrainiennes, est appelé en A pour défendre les couleurs de son pays le 25 mai de la même année en amical face à la Lituanie (4-0). Il ne rate pas une seule minute de l’Euro 2012 avec l’Ukraine, pays hôte, éliminé en phases de poules, et délivre même une passe décisive à Andrei Shevchenko pour le but victorieux contre la Suède (2-1). Il participe activement à l’épopée qui mène les protégés du sélectionneur Mikhail Fomenko aux portes de la Coupe du Monde 2014, éliminés au terme d’une scénario fou par la France (2-0, 0-3).

Konoplyanka dispose avec son expérience de la sélection, dont il est désormais l’un des cadres, et de l’Europa League, qu’il dispute fréquemment avec le Dnipro, d’atouts non négligeables dans l’hypothèse d’un transfert à Liverpool ou Tottenham, deux écuries qualifiées pour la phase à élimination directe de la « petite coupe d’Europe ». Il peut également compter sur une bonne vision du jeu et une sacrée pointe de vitesse. En tant que droitier, il affectionne les courses en dribbles sur le côté gauche, qui lui permettent ensuite de revenir dans l’axe pour faire parler sa qualité de frappe : il sait très bien envoyer des tirs de loin puissants mais chirurgicaux. Demandez à l’équipe d’Angleterre ce qu’elle en pense, elle qui a dû concéder le nul (1-1) chez elle face à l’Ukraine suite à une superbe frappe du prodige (à 1:15 de la vidéo ci-dessous).

Ironie du sort, le maître à jouer du Dnipro pourrait retrouver les pelouses anglaises s’il venait à être transféré en Premier League. Yevhen Konoplyanka n’a pas fini de faire parler de lui, et gageons que l’équipe qui osera débourser la somme réclamée (plus de 15 millions d’euros) pour ses services ne sera pas déçue de l’investissement. Le garçon de 25 ans, en tout cas, a l’air prêt à passer au niveau supérieur.

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