Le Real Madrid vainc (enfin) la malédiction allemande

Sergio Ramos, auteur d'une incroyable prestation défensive et d'un doublé à Munich.

Cette année, sans doute grâce à son infernal trio offensif “BBC” (Bale – Benzema – Cristiano Ronaldo) et à l’avènement de ses hommes de l’ombre, le Real Madrid, qui vient d’accéder à la finale de la Ligue des Champions après avoir étrillé le Bayern (1-0 à Bernabeu puis 0-4 à l’Allianz Arena), semble plus fort que jamais. Plus fort que les Merengue de Di Stefano dans les années 1950 – 1960 et leurs 6 Ligues des champions. Plus fort que les Galactiques emmenés par Zidane, Beckham ou encore Luis Figo au début des années 2000.

Témoin de cette supériorité, le club madrilène a enfin vaincu une vieille malédiction qui l’empêchait de triompher contre les clubs allemands. En effet, auparavant, ça se passait plutôt mal pour la Maison Blanche lorsqu’elle devait affronter un club du pays de Goethe : en 25 déplacements européens en Allemagne, avant cette saison, le Real n’avait engrangé qu’un seul succès, en 2000, lors du match de poules de Ligue des Champions à Leverkusen (2-3). Les Merengue ont été éliminés en demi-finales de la plus prestigieuse des coupes européennes par le Bayern en 2012 puis par Dortmund l’an passé au même stade. Dans les deux cas, le Real avait gagné à Bernabeu mais n’avait pas su limiter la casse à l’extérieur. Alors, comment le Real, qui a successivement éliminé trois clubs allemands cette saison (Schalke 04, Borussia Dortmund, Bayern Munich) a-t-il réussi à surmonter ses vieux démons ?

Lewandowski et le Borussia Dortmund avaient fait chuter le Real l'an dernier.
Robert Lewandowski et le Borussia Dortmund avaient fait chuter le Real l’an dernier.

Le Real a pris l’avantage psychologique

Tiré au sort contre Schalke 04 en huitièmes de finale de Ligue des champions, le Real Madrid a eu la chance de disputer le match aller à l’extérieur, ce qui force les visiteurs à attaquer et les locaux à défendre, dans un stade (la Veltins Arena) où il n’avait jamais joué. Bien que réputée très performante à domicile, l’équipe de Schalke, en pleine reconstruction, a sombré face à la furia offensive des madrilènes (1-6). Benzema, Bale et Ronaldo ont chacun inscrit un doublé. Le Real n’a eu qu’à dérouler au match retour, à domicile (3-1) pour s’assurer tranquillement la qualification en quarts.

Face au Borussia Dortmund, son bourreau la saison passée, le Real a dû jouer le premier match à domicile, mais la faiblesse des Allemands, minés par les absences (seuls quatre joueurs qui avaient disputé la finale européenne l’an dernier étaient présents), notamment celles de Lewandowski, suspendu, et de leur architecte Ilkay Gündogan a permis aux Merengue de l’emporter assez facilement à l’aller (3-0). Encore une fois, Carlo Ancelotti décida de faire tourner au retour en laissant notamment Ronaldo sur le banc, mais Dortmund manqua de réaliser l’exploit en s’imposant 2-0 à domicile.

Ensuite vint le Bayern en demi-finales. Déjà sacré champion d’Allemagne, le club bavarois avait fait les efforts nécessaires pour préserver ses joueurs-clés mais le fait d’avoir déjà gagné la Bundesliga est sans doute à l’origine d’un déficit d’automatismes. Vainqueur à l’aller à domicile grâce à un but de Benzema (1-0), à l’issue d’un match équilibré, le Real a surpris en allant donner une fessée à un Bayern un peu trop sûr de sa force dans son antre de l’Allianz Arena (0-4). Clairement en cause, l’attitude de la défense bavaroise, qui a encaissé trois des quatre buts madrilènes à la suite de coups de pied arrêtés : deux buts de Sergio Ramos amenés à la suite d’un corner puis d’un coup franc, puis un coup franc direct de Cristiano Ronaldo qui passe… sous le mur. L’attaque bavaroise, elle, n’était pas plus solide mentalement : elle n’a inscrit aucun but et s’est même ridiculisée avec la claque donnée par Ribéry à Carvajal.

Ribéry assène une claque à Carvajal, preuve de l'impuissance bavaroise.
Ribéry assène une claque à Carvajal, preuve de l’impuissance bavaroise.

L’avantage psychologique pris par le Real Madrid contre les équipes allemandes est essentiellement visible lors du match aller à la Veltins Arena contre Schalke, et lors de la demi-finale retour contre le Bayern à Munich. Les équipes allemandes, jadis réputées pour leur mental, ont perdu cet avantage contre une équipe madrilène qui, au contraire, s’est employée à semer le trouble dans l’esprit de ses adversaires, de les conforter dans le doute.

Une supériorité tactique : le 4-4-2, l’ossature et les ailes

Carlo Ancelotti, avec notamment, face au Bayern, le 4-4-2 qui avait fait sa notoriété au Milan AC, a d’abord dominé les équipes allemandes sur un de leurs points forts : l’ossature. Le 4-4-2, c’est deux lignes difficiles à franchir, un entrejeu imprenable avec Alonso et Modric à la manœuvre. Pep Guardiola, qui s’attendait sûrement à ce qu’Ancelotti lui oppose un 4-3-3 habituel, comme à l’aller, a été surpris par ce coup de Trafalgar. Ancelotti dispose d’une ossature solide composée de joueurs en forme : Ramos, Varane et Pepe peuvent être titulaires en défense, Xabi Alonso, Khedira (actuellement blessé) ou Illarramendi dans un rôle de récupérateur-relayeur, Modric en meneur de jeu, et Benzema peut être suppléé par Jesé (blessé), Morata ou encore accompagné du Ballon d’or Cristiano Ronaldo en pointe. Voilà un avantage pris sur le Bayern, dont l’ossature paraît moins sûre ces derniers mois.

Sergio Ramos, auteur d'une incroyable prestation défensive et d'un doublé à Munich.
Sergio Ramos, auteur d’une incroyable prestation défensive et d’un doublé à Munich.

Sur les ailes, un terrain que les équipes allemandes n’ont jamais réellement maîtrisé, l’avantage est net avec le trio BBC. Le Bayern n’a pas à proprement parler aligné d’ailiers, et Lahm et Alaba ont trop laissé d’espaces sur l’aile. Bale, Di Maria et Ronaldo ont certes fait du dégât à Munich, mais les latéraux Dani Carvajal et Fabio Coentrao ont, en plus de soutenir leurs ailiers, réalisé un bon travail défensif.

Enfin, l’entrejeu et la défense du Real se sont montrés intraitables, et le réalisme en attaque (4 tirs cadrés, 4 buts) a fait la différence à Munich. Sans la possession de balle (34%) et acculés derrière, les Madrilènes ont su profiter de la vitesse du trio BBC pour vite se projeter vers l’avant. Un moyen efficace de contourner un jeu allemand basé sur la possession de balle et le passage par l’axe et les couloirs (Robben et Ribéry). Et de balayer la malédiction d’un revers de manche.

© AFP / © 20 Minutes (capture d’écran) / © Reuters (image à la Une)

A propos de Benjamin Mondon 276 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire