Rencontre avec Yoan Severin : “Dans le football, tout va très vite”

Encore méconnu du très grand public, Yoan Séverin ne devrait pas tarder à faire parler de lui… Ce jeune défenseur central de 17 ans, qui a fait ses gammes en terres iséroises, a signé cet été un contrat de deux ans en faveur de la Juventus Turin. Non conservé malgré une expérience enrichissante au centre de formation de l’Olympique Lyonnais, c’est en Savoie et par le biais du club d’Evian Thonon-Gaillard que le natif de Villeurbanne a pris un grand bol d’air pour donner un souffle nouveau à son football. S’il n’est pas encore au point culminant de sa carrière, son transfert vers le champion d’Italie devrait lui permettre très rapidement de mettre à profit tout son potentiel. De son premier club de football à la réserve Turinoise, des terrains montagneux savoyards au Juventus Center, du championnat national français à la Primavera, des détections régionales à l’UEFA Youth League, retour sur le parcours en montagnes russes d’un jeune joueur qui poursuit chaque jour son ascension vers les sommets… Propos recueilli par Guillaume Annequin et à retrouver sur son site web, en collaboration avec Papinade.

Yoan Severin, le défenseur français de la Juventus

Bonjour Yoan, merci de donner un peu de ton temps pour répondre à ce questionnaire. Ta générosité et ton ouverture d’esprit sont louables, on espère que les lecteurs percevront toute ta sympathie à travers la découverte de cet entretien.

Avant de commencer, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour à toi et aux internautes. Je m’appelle Yoan Severin, j’ai 17 ans. Je suis né le 24 janvier 1997 à Villeurbanne (69).

Intéressons-nous à ton parcours maintenant. Tu as grandi en terres iséroises, quel était ton premier club de football ?

J’ai commencé le football à l’âge de 6 ans. Mon premier club de football était l’Isle d’Abeau FC. À 8 ans, j’ai ensuite rejoins le FC Bourgoin-Jallieu sur demande du coach de l’époque, qui tenait vraiment à me faire venir.

Tu quittes ensuite le Football Club de Bourgoin-Jallieu pour intégrer le centre de formation de l’Olympique Lyonnais. Raconte-nous un peu la transition entre le niveau régional et le niveau national.

J’ai quitté le FCBJ à l’âge de 14 ans pour tenter l’aventure à Lyon. Il est vrai que le changement de niveau est incontestable. Il y a une sacrée différence entre l’échelon régional et national. C’était un palier à franchir mais je me sentais prêt. À Bourgoin, on m’avait préparé à ce niveau. On participait à de grands tournois et le championnat était relevé.

Yoan Severin à l'OL

Ici avec la main sur le visage

Tu es resté deux saisons à Lyon. Que retiens-tu de cette expérience ?

Mes deux années à l’OL ont été très différentes. Durant ma première saison, tout s’est très bien passé. J’étais épanoui. C’est dans ce même état d’esprit que j’ai entamé la suivante. Cependant, ça a été beaucoup plus difficile pour moi lors de ma deuxième saison. Elle avait pourtant bien démarré, les choses se passaient toujours aussi bien mais le mois de décembre m’a été fatal… J’ai connu un gros coup de moins bien, comme ça arrive parfois, seulement je ne m’en suis jamais remis. La confiance que j’avais accumulée jusqu’alors en a pris un coup. Je ne jouais quasiment plus, c’était très difficile pour moi. Quand la tête n’y est pas, les jambes ne le sont pas non plus. À l’issue de ce passage à vide, on m’a annoncé que je ne serai pas conservé, j’allais être viré. À partir de là, je me suis lâché aux entraînements et j’ai retrouvé peu à peu mon niveau de jeu. C’était trop tard. Bien que ce fut parfois difficile, j’ai énormément progressé à l’OL et ça reste pour moi une belle expérience. Je ne suis pas parti fâché.

Tu déclares avoir retrouvé la pleine possession de tes moyens au moment où l’on t’a annoncé que tu n’allais pas être conservé, la marche était donc trop haute à ce moment-là ?

Non, je ne pense pas. Seulement, j’avais besoin de reprendre confiance en moi. Ce mois de décembre périlleux m’a fait comprendre que je me mettais peut-être trop de pression. J’étais moins bien, je le savais et en voulant bien faire, je faisais tout mal… Une fois libéré de cette pression, tout est devenu plus simple. Je n’avais plus rien à perdre. Paradoxalement, c’est après l’annonce de mon éviction que je me sentais le plus investi aux entraînements.

Mécontent de ton niveau de jeu que tu qualifies de “catastrophique” lors de ce passage à vide, tu n’as pas pour autant baissé les bras. Est-ce habituel pour toi d’être aussi exigeant avec toi-même ? As-tu douté de tes capacités ?

Il est vrai que je suis quelqu’un d’exigeant. L’être avec moi-même est un atout primordial pour avancer. C’est cette rigueur qui me permet de progresser chaque jour. Je n’ai jamais douté. Je connaissais mes capacités et je savais très bien qu’elles n’avaient pas pu disparaître du jour au lendemain. J’ai su prendre mon mal en patience. Il était impératif de retrouver ma confiance, à partir de là, l’avenir présageait des jours meilleurs. Il me fallait être en pleine possession de mes moyens pour pouvoir retrouver les terrains et mon niveau de jeu.

Malgré ton éviction du centre rhodanien, tes qualités ont très vite tapé dans l’œil des recruteurs de l’ETG. T’attendais-tu à recevoir si rapidement de telles sollicitations ?

J’avais été prévenu de l’intérêt de l’ETG lorsque j’étais à Lyon. Durant mon passage à vide, Evian m’a tendu la main. Ils croyaient en moi. J’attendais la décision de l’OL. Une fois mis dehors, j’ai tout de suite voulu rejoindre les rangs des Roses.

Comment s’est passée ton intégration au sein de l’ETG ? 

J’ai vécu une intégration éclair. Je me suis tout de suite senti à l’aise. Il fallait que je rebondisse, Evian était le club parfait pour me relancer. Je connaissais quelques joueurs de l’équipe par le biais des détections Rhône-Alpes, durant lesquelles j’ai pu faire ta connaissance notamment (rires). Le coach, qui a toujours cru en moi, a été un élément important dans la réussite de mon intégration.

Yoan Severin à Evian

Tu trouves ensuite très vite tes marques sur le terrain. Pour preuve, lors de ta seconde saison avec les Roses, tu te vois confier le brassard de capitaine. Comment as-tu vécu cette marque de reconnaissance que symbolise le capitanat ?

J’ai commencé en U17 NAT avec la génération 96. La seconde saison, j’ai été promu capitaine de l’équipe. J’étais flatté et reconnaissant car cela voulait dire que le club et mon coach me faisaient confiance. Je me suis tout de suite senti prêt à prendre mes responsabilités et assumer le rôle qui m’était confié.

C’est alors que la Juventus Turin se positionne sur ton cas et souhaite attirer tes services. Des émissaires Bianconeri se déplacent même pour te rencontrer. Très humblement, tu refuses leurs sollicitations. Était-ce la plus grande décision de ta carrière ?

Je ne peux pas dire que c’était la plus grande, mais c’était l’une des plus difficiles. Frédéric Guerra (qui deviendra ensuite son agent) a contacté mes parents et a fait part de l’intérêt de la Juventus à mon égard. Des représentants ont ensuite rencontré mon père pour évoquer les détails du contrat. Les recruteurs réclamaient une réponse sous 48 heures, nous étions en fin de mercato. J’étais flatté mais j’ai pris le temps de la réflexion pour livrer une réponse. Je ne voulais pas me précipiter. J’ai consulté mes proches, Frédéric et des membres de l’ETG. Après avoir discuté avec des joueurs de mon équipe, mon coach et mes parents, j’ai décidé de décliner leur proposition. J’avais commencé la préparation avec mon équipe, je ne pouvais pas partir comme ça. Par respect envers mes coéquipiers et mon club, j’ai décidé de démarrer la saison sous les couleurs des Roses et ce malgré la visite des installations du Juventus Center (centre d’entraînement).

Dire non à la Juventus, c’est très courageux. Seulement, les recruteurs ne lâchent pas le morceau et s’obstinent. Ils reviennent ainsi à la charge six mois plus tard et te font de nouveau du pied. Cette fois, tu acceptes. Quel a été le déclic ?

Le déclic est venu de l’aspect sportif. Avec mon équipe, c’était compliqué. On avait remporté qu’un seul match de championnat entre août et décembre. Les résultats escomptés n’arrivaient pas. Cela m’a poussé à reconsidérer l’offre de la Juventus. Cette fois, je n’ai pas hésité, je me suis dit que c’était quand même un très grand d’Europe. La Juve est revenue une deuxième fois vers moi, j’ai pris conscience qu’il n’y aurait peut-être jamais de troisième fois… Mon départ a été retardé par mon club, qui ne souhaitait pas vraiment me voir partir. Après des discussions au sein du club, avec Pascal Dupraz notamment, ils ont finalement accepté de me libérer.

En signant à la Juventus, quels étaient tes objectifs ?

Mon objectif principal était de progresser. Je savais que si je conservais mon sérieux aux entraînements, j’allais optimiser mes capacités. À la Juve, il y a tout pour réussir. Je voulais jouer aussi, avoir le plus de temps de jeu possible. À mon âge, c’est très important. Ensuite, j’avais l’intime ambition de m’inviter à quelques entraînements avec les pros.

Tu prends ainsi ton envol vers l’Italie et de nouveaux horizons. Quel était ton ressenti au moment de faire le grand saut ?

J’étais très honoré de rejoindre un grand club comme la Juve ! Je savais pertinemment que là-bas, je ne pouvais qu’évoluer. Ma marge de progression allait forcément s’accentuer, c’était très enthousiasmant ! J’avais hâte de débuter !

L’environnement, les infrastructures, tout doit être différent désormais… Raconte-nous.

On ne va pas se mentir, sans faire offense à mon ancien club, il y a un monde d’écart ! C’est une tout autre dimension, un nouvel univers où tout est plus grand… Quand je suis arrivé, j’ai tout de suite compris pourquoi la Juventus est un des meilleurs clubs du monde. C’était très impressionnant, je croyais rêver !

Tu étais donc comme dans un rêve en arrivant, cela a facilité ton intégration ?

J’ai rapidement déchanté. Cette fois, j’ai connu une intégration difficile… Je me suis blessé dès mon arrivée, ça a été très dur pour moi. J’arrivais dans un nouveau pays, dans un nouveau club, je ne parlais pas la langue et j’étais éloigné des terrains… Mentalement, cette situation était vraiment difficile à vivre. La barrière de la langue et l’éloignement de mes proches pesaient énormément. Il n’est jamais facile de quitter sa famille, sa vie quotidienne et toutes les attaches qui nous lient à notre environnement. À un moment, j’ai même pensé à arrêter…

Malgré ça, tu as su relever la tête et aujourd’hui tu es pleinement intégré au sein de l’équipe réserve turinoise. Ta famille a joué un rôle crucial dans ta décision de continuer l’aventure, peux-tu nous en dire un peu plus ?

Il est vrai que ma famille a joué un rôle primordial lors des moments difficiles. J’ai la chance d’être très bien entouré. Mon agent est plein de bons conseils et mes parents seraient prêts à tout pour m’aider à réaliser mon rêve. Ma copine m’est aussi indispensable, son soutien est une force supplémentaire. Lors de mes pépins physiques, j’ai multiplié les appels téléphoniques avec ma famille qui a su trouver les mots pour me permettre de relever la tête. Mon père était prêt à venir tous les weekend me voir jouer s’il le fallait, je me suis toujours senti soutenu et c’est ce qui m’a toujours poussé. Aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre. Je me sens très bien physiquement et j’ai appris à parler l’italien (rires).

Pour l’anecdote, tu as le même professeur d’italien que Paul Pogba, dont tu vantes le parcours. Est-ce quelqu’un sur qui tu comptes pour grandir encore et franchir les paliers vers le monde professionnel ? 

Pogba a la chance d’avoir terminé les séances, il parle couramment maintenant (rires). Plus sérieusement, j’ai pu échanger un peu avec lui, je prends bien en compte ses conseils, il sait de quoi il parle. Je suis toujours preneur de bons conseils mais je compte avant tout sur moi-même, c’est à moi de faire mon trou.

Si tu admires Pogba pour son parcours, quel est ton modèle au club ?

Mon joueur favori, c’est Cáceres. J’avais déclaré admirer Chiellini lors de mon arrivée, qui est un super joueur aussi mais il est vrai que maintenant que je les vois au quotidien, Cáceres est celui qui m’impressionne le plus.

Peux-tu nous en dire plus sur les similitudes que l’on peut rencontrer entre son jeu et le tien ?

Il possède une bonne relance et se montre dur sur l’homme. Il est toujours déterminé, c’est tout ce que j’aime et c’est ce que j’essaie de refléter sur le terrain.

Nous parlions de paliers précédemment, il semblerait que tu en as franchi un récemment en disputant pour la première fois un match de Youth League, la Ligue des Champions des – de 19 ans. Tu as d’ailleurs été titulaire lors de la victoire des tiens face à Malmö (2-0), comment as-tu vécu ce moment ?

C’était un moment privilégié. J’effectuais mes premiers pas dans cette compétition. J’ai eu la chance d’être titulaire. Avant le match, j’étais un peu stressé. La pression était palpable au sein du groupe, c’était pour beaucoup d’entre nous notre premier match européen. J’ai pris confiance à l’échauffement, j’étais déterminé. La présence de mon père et de certains de mes amis en tribunes m’a encore plus motivé. Je savais qu’il fallait évacuer la pression et bien rentrer dans le match. Le stress m’aurait paralysé et m’aurait quelque peu privé de plaisir. J’ai rapidement pris la température du rendez-vous et tout s’est très bien déroulé pour moi. En plus, on a remporté le match sans encaisser de but (sourire). J’espère que l’on saura réitérer ce genre de performances lors des matches à venir. C’était excitant !

Toujours dans l’optique de gravir les échelons, tu t’entraînes assez souvent avec le groupe professionnel, ce que tu souhaitais à ton arrivée. Peux-tu nous décrire la différence entre les séances avec les pros et celles avec la réserve ? 

C’est totalement différent. Le monde professionnel, c’est un tout autre niveau ! Durant les séances, il y a beaucoup plus d’intensité. Les très grands joueurs refusent toujours la défaite, même lors de petits jeux. C’est assez impressionnant d’évoluer aux côtés de joueurs comme Tevez, Pogba, Llorente, Pirlo et bien d’autres… Le rythme est beaucoup plus élevé et le déchet technique est moindre… Puis, il faut le dire, c’est beaucoup plus fatiguant ! (rires)

Yoan Severin à la Juventus

Ici à droite. Juventus Youth.

Tu as d’ailleurs eu l’occasion d’effectuer un match amical avec l’équipe première, raconte-nous un peu ce moment privilégié. 

Massimiliano Allegri avait fait appel à moi pour affronter une équipe de division inférieure sans toutefois me garantir du temps de jeu. J’ai abordé ce match sans pression, ce n’était que de plus pour moi. Je ne savais pas si j’allais entrer en jeu ou non. Je m’étais préparé dans l’éventualité de jouer. Le coach m’a fait rentrer à l’heure de jeu, j’ai pu disputer trente minutes. J’ai eu de bonnes sensations, j’ai fait une bonne entrée. J’ai pris beaucoup de plaisir et j’espère que j’aurai l’occasion de retourner avec eux.

Que dirais-tu aux jeunes qui rêvent d’être pro ?

Je leur dirai de surtout rien lâcher. Le mental joue un rôle majeur dans le foot. Il ne faut jamais baisser les bras, il faut savoir surmonter les déceptions et rebondir. Mon parcours peut en témoigner. Si ça ne fonctionne pas dans un club, ça peut marcher dans un autre. Il ne faut surtout pas lâcher, il faut continuer à travailler, sans cesse. Dans le football tout va très vite.

Que peut-on te souhaiter pour la suite ?

Passer professionnel, réussir dans ce milieu et continuer ma progression serait déjà pas mal ! (sourire)

Le portrait chinois du joueur est à retrouver sur l’article original.

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17 ans. Grenoble (38).

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