Romain Molina : “Je me vois comme un conteur d’histoires”

Romain Molina et son livre, Galère Football Club

Romain Molina gère l’excellent site http://www.hat-trick.fr/ qui parle de football anglais, surtout des divisions inférieures, et aussi de football écossais et irlandais. Romain Molina a écrit un livre, Galère Football Club, récemment. Il se livre sans concession dans cet entretien où l’écrivain nous parle de football anglais, et écossais évidemment, mais aussi de son ambition de jouer en première division nationale… au basket ! 

Tu as fait le choix de partir vivre en Ecosse, à Edimbourg c’est bien cela ? Depuis quand et surtout pourquoi ce choix ?

Parce qu’il s’agit du plus beau pays du monde, de la Terre Promise, celle de William Wallace et Gary Mackay-Steven. Plus sérieusement, je suis amoureux de l’Ecosse, notamment d’Edimbourg. Que ce soit l’architecture, le poids de l’histoire et ce côté baroque, presque en marge de la mondialisation effrénée (même si « Edimbraa » commence légèrement sa mutation, notamment à cause du prix des loyers du centre poussant quelques commerces indépendants à fermer ou se délocaliser)… J’ai toujours voulu m’accomplir et mes choix répondent à une volonté d’être heureux, pas de gagner de l’argent. Je ne suis pas carriériste ou opportuniste. Je ne souhaite pas non plus vivre à Paris ou en France. L’Ecosse ou/et l’Andalousie et je suis joie. Surtout que j’ai le basket ici et une réelle possibilité de jouer en première division (certes, cela est amateur, mais ce n’est pas facile pour autant). J’habite à Falkirk, ville presque équidistance de Glasgow et Edimbourg, depuis septembre.

Tu es donc un journaliste sportif qui suit exclusivement les divisions inférieures anglaises, le championnat écossais et même l’Irlande ! Comment es-tu tombé amoureux de ces championnats ? Ce n’est pas trop dur de suivre tous ces championnats ?

Je suis aussi la Premier League quand même, mais je m’intéresse plus au rapport foot-culture ou historique que le terrain en lui-même. Si je dois parler d’Arsenal aujourd’hui, j’aimerais le faire avec l’équipe de jardiniers et ceux employés dans la « recherche » pour le gazon, la pelouse, etc. C’est fascinant et c’est une des spécificités anglaises et notamment des Gunners.

Je ne me considère pas comme expert ou que sais-je. Je suis plus dans l’idée de raconter des histoires, découvrir des personnes. Journaliste, qu’est-ce que c’est au fond ? Tout dépend de sa sensibilité, ses principes et sa personnalité aussi. On peut avoir différentes manières de l’aborder et de l’expliciter. Moi, je me vois davantage comme un conteur d’histoires. Et quoi de mieux qu’Airbus UK Broughton, originellement l’équipe des employés d’Airbus, ou Arbroath et son stade où une vague peut parfois déborder sur une tribune ? C’est ce romantisme, ce charme désuet et ma passion pour l’Ecosse ou la culture irlando-britannique qui parlent. J’aime bien aussi les divisions inférieures espagnoles pour une raison très bête : mon attirance pour la culture espagnole et géographique. J’adore connaître des villes, savoir ce qu’il se passe, etc. Et le foot en fait partie donc…

Ton livre, Galère Football Club, vient de sortir. Peux-tu nous en dire un peu plus ? Qu’est-ce qui t’a motivé à écrire cet ouvrage ? Est-ce le premier d’une longue série ?

Il s’agit de 12 entretiens, 11 joueurs – formant une équipe d’ailleurs – et un entraîneur. Des interviews intimistes sur leur parcours. L’idée était de réunir « l’autre football », celui dont on ne parle pas forcément. Je voulais raconter des histoires – encore une fois. J’ai toujours pensé que mes longs entretiens étaient plus adaptés à ce genre de format et j’avoue que Philippe Auclair m’avait aidé à comprendre ça. Je me souviens qu’il me le disait après lui avoir fait lire l’interview avec Joslain Mayebi.

Dans un milieu où la parole est contrôlée, je pense qu’il est rafraîchissant de lire réellement ce qu’est une carrière, sans rien cacher : les doutes, les peurs, les erreurs, les galères, les excès. C’est une plongée dans les arcanes du football avec des anonymes de la profession dira-t-on même si Yann Kermorgant ou Grégory Arnolin ont de sacrées carrières au final. J’espère que ce n’est que le premier. Remarque, c’est aussi une volonté de ma part désormais de me lancer dans cette voie. Dans un sens, c’est peut-être aussi parce qu’il n’y a rien d’ouvert pour moi dans les médias ? Pas forcément faux, mais aussi car ça me plait et que je fourmille d’idées. Reste qu’il y aura un juge de paix : les retours/ventes de ce livre. Et ça… Ce n’est pas entre mes paluches.

La vie en Ecosse n’est pas trop dépaysante ? Ton adaptation s’est passée facilement ? On parle souvent de l’accent écossais…

BEAUTY SCOTLAND ! Sauf l’accent, d’accord. Glasgow, c’est horrible, c’est le « Weegie », un terme pour désigner un natif de la ville. Mais Motherwell… La réceptionniste du club, c’est un mélange de chinois et d’aboiements. Exceptionnel. Dans le nord-est, ils ont leurs expressions, un genre de dialecte presque. C’est aussi épique. Sinon, c’est parfait. Je me plais beaucoup là-bas surtout si je parviens à réussir mon objectif : jouer en première division nationale. Ça compte beaucoup pour moi.

Tu gères le site Hat-Trick, qui doit te prendre énormément de temps. Comment arrives-tu à t’y consacrer tant ? Que fais-tu en-dehors de Hat-Trick ? Tu vends toujours des fruits et légumes ?

Je collabore parfois avec d’autres médias (CNN), mais c’est rare. Je ne cherche pas à me prostituer non plus, mais ça deviendra peut-être une solution. A choisir, je préfère me vendre physiquement qu’intellectuellement. C’est plus propre. Plus sérieusement, je ne suis plus dans les fruits et légumes. Je suis journaliste freelance on va dire, sans carte de presse, que je ne veux pas pour l’instant. Et allez, soyons fous, on va dire qu’une carrière d’auteur m’attend, ce serait beau ? Ecrivain même tiens, je me prends pour une star (je plaisante, évidemment).

Sinon Hat-Trick… Sans rire, c’est entre 40 et 50 heures par semaine (et 7/7 presque. Je travaille trop, beaucoup trop depuis des mois, voire des années, mais ça ne t’arrive pas dans l’assiette d’un claquement de doigt). Les corrections, mise en page, planifications, articles & co… Les gens ne s’imaginent pas le boulot que c’est. Et il n’y a aucun revenu, aucune pub. Faut vraiment être con ou aimer ce qu’on fait. Je suis un bel utopiste, mais j’en suis fier.

Puisque tu es un expert du football anglais : que penses-tu de la saison européenne des clubs anglais ? Comment peux-tu expliquer ces éliminations prématurées ?

A force de se regarder le nombril… Je vous laisse finir la phrase.
On peut aussi parler du manque de considération des clubs anglais pour l’Europe, surtout l’Europa League. La Premier League vampirise tout. L’autoproclamé meilleur championnat du monde avec la meilleure ambiance, blablabla. Sky Sports, c’est Hollywood.

Tu es fan de Queen’s Park FC, en D4 écossaise précisons-le. Pourquoi ce club ? Quelle est ton équipe préférée hors QPFC ?

« Ludere Causa Ludendi » : jouer pour le plaisir du jeu. Rien que cette devise, elle est sublime. Je ne suis pas « fan » hardcore, mais c’est le club pour qui j’ai le plus de sensibilité. L’équivalent du Real Madrid, Manchester United et la Juventus à la fin du XIXè siècle. Ils n’ont jamais payé un jour, toujours prôné le jeu… C’est un club exceptionnel qui évolue à Hampden Park devant environ 500 spectateurs, un spectacle saisissant. Pour le reste, je n’ai pas vraiment d’équipe préférée.

En suivant l’actualité sur Hat-Trick, on peut voir que le club de Bournemouth est bien parti pour monter en Premier League. Peux-tu nous parler de cette équipe, qui dispose d’un Français ? Peuvent-ils se maintenir en Premier League, selon toi ?

J’espère déjà qu’ils monteront. Ils le méritent de par leur jeu, les principes prônés par Eddie Howe, peut-être le futur grand coach anglais. Quant à Yann Kermorgant… Son histoire est une belle odyssée, une manière de montrer que la fatalité peut être combattue. Le titre de son interview, « Je suis un peu hors du temps », résume complétement le personnage. Vraiment un chic type et un footballeur qui pourrait jouer à Saint-Etienne sans souci par exemple. C’est impossible de savoir pour un éventuel maintien, mais si d’aventure ils montaient, oui, j’y crois. Plus qu’un Watford par exemple.

Pour vous procurer le livre de Romain Molina (et on vous le conseille très fortement), il suffit de cliquer ici : Galère Football Club

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