Stop à l’enflammade autour de “l’OM Champions Project”

Mitroglou est arrivé cet été à Marseille, Zubizarreta et Eyraud, deux des pièces principales de "l'OM Champions Project" l'entourent. © Twitter OM
Mitroglou est arrivé cet été à Marseille, Zubizarreta et Eyraud, deux des pièces principales de "l'OM Champions Project" l'entourent. © Twitter OM

Depuis l’annonce du rachat du club de l’Olympique de Marseille par un milliardaire américain qui a eu le malheur de donner le mauvais nom au projet qu’il souhaite mener, le moindre passionné de football français s’enflamme. Qu’il soit supporter ou consultant dans les médias, il n’a eu de cesse de s’enorgueillir autour de cet “OM Champions Project” à ses débuts avant maintenant de le descendre en flèche.

Ah, c’est vrai que c’est facile de rire quand un certain “journaliste” sur le plateau du Canal Football Club parle de “Marseille va à la pêche aux champignons project”. La vérité, c’est que dans les grands médias aujourd’hui, personne ne parle avec mesure de ce fameux projet. Il est beaucoup plus “””drôle””” de se moquer d’un nom donné – certes trop rapidement – il y a un an de cela. La vérité, c’est que tout le monde s’attarde sur le mot “Champions” alors que le seul intéressant est le “Projet”. Et un projet, comme Rome, ne se fait pas en un jour.

Il est donc temps de déclencher encore l’alerte rouge. Pour ceux qui pensaient que l’OM serait champion dès cette année et remporterait la Ligue des Champions sous trois ans, ne prenez pas la peine de lire la suite de cet article/édito/coup de gueule, vous serez déçus. Parlons d’abord des faits : lorsque le rachat est officialisé en 2016, l’actionnaire américain Frank McCourt a été pour le moins clair lors de la présentation du projet. “Nous allons le construire ensemble et il repose sur quatre axes. Le premier : nous construirons une équipe qui se battra tous les ans pour le titre dans le championnat de France. Le deuxième concerne les supporters, nous créerons la meilleure expérience pour les fans en L1. La troisième englobe la communauté, le club doit être un modèle et rendre ce qu’il doit à la ville de Marseille. La quatrième est de bâtir une organisation forte, aussi forte en dehors que sur le terrain”. Voilà donc pour ses propos. Décryptage.

D’aucun s’est extasié en entendant cela pensant que l’OM lutterait dès cette saison pour le titre en Ligue 1. Et tous ont oublié le mot le plus important : “construire“. Frank McCourt a donc été particulièrement clair, ce projet ne prendra pas forme directement et il faudra attendre avant de juger réellement du chemin parcouru par le club olympien. Déjà, une réelle organisation a pris forme à Marseille où le club a pu enfin se débarrasser de toutes les affaires extra-sportives qui le gangrenait depuis des années. Andoni Zubizaretta a ainsi pris place au poste de directeur sportif avec un rôle précis et bien défini. Tout en haut, le propriétaire du club ne s’exprime que rarement et c’est le président Jacques-Henry Eyraud qui a été désigné comme communicant en chef.

Une fonction qu’il remplit tant bien que mal malgré des dérapages comme le coup de la tisane. Une touche d’humour qui aura fait grincer quelques dents. Pourtant, il y a un an, c’est bien lui qui avait dessiné avec plus de précisions les contours du projet marseillais. “Notre projet sportif est très clair, avait-t-il déclaré. Si on peut valider cette saison une place pour la Ligue Europa, allons-y, donnons tout pour essayer d’y arriver. Ensuite, à partir de 2017-2018, notre projet sera de nous installer durablement dans les quatre premières, puis les trois premières places de Ligue 1. Nous avons toujours dit ça, rien d’autre”.

Où en est-on aujourd’hui ?

Maintenant que nous avons fait le tour de la question concernant le début de “l’OM Champions Project”, jetons un regard sur ce qui a été fait et ce qu’il reste à faire. Parlons d’abord des chiffres : un apport de 200 millions annoncés sur quatre ans. Ce qui en ferait, derrière Paris, le club le plus dépensier de France puisque Monaco et Lyon s’appuient essentiellement sur les ventes de leurs joueurs ce dont est encore loin de pouvoir se targuer l’OM. Pour l’instant, Marseille a dépensé plus de 100 millions d’€ en seulement deux mercatos. Sanson (9 M€), Payet (29 M€), Thauvin et N’Jié (18 M€ pour leurs deux clauses), Germain (8 M€), Luiz Gustavo (10 M€), Rami (6 M€) et Mitroglou (15 M€) ont posé leurs valises sur la Canebière alors que Mandanda dont le prix exact n’est pas connu, Evra sont eux aussi venus apporter leur expérience et qu’Abdennour et Amavi ont été prêtés. Parmi ceux-là, combien de titulaires ? Au moins neuf et peut-être même dix si le jeune Maxime Lopez n’arrive pas à franchir le pallier qu’il lui manque encore pour arriver au plus haut niveau. Seul Hiroki Sakai a survécu au grand remaniement dans son couloir droit.

L’association de tous ces joueurs est forcément alléchante. Et sera attendue. Alors que sur le terrain, de nombreux points doivent encore être améliorés, il est aujourd’hui impossible de dire que la direction du club n’a pas fait les efforts nécessaires pour assumer ses ambitions. “À partir de 2017-2018, notre projet sera de s’installer durablement dans les quatre premières, puis les trois premières places de Ligue 1”, c’est ce qui était annoncé. Avec cet effectif, l’OM en a – largement – les moyens. Moyens que s’est donné Frank McCourt, l’Equipe annonce ainsi aujourd’hui que le budget olympien devrait se situer autour de 185 millions d’€, soit pas loin du double de la saison dernière. Et tout cela sans Ligue des Champions.

En juillet, un nouveau partenariat entre la ville de Marseille et le club a été signé avec un accord concernant l’Orange Vélodrome. Un signe qu’aujourd’hui l’OM tente de tourner la page avec la précédente direction puisque le dossier a été bouclé avec moins de heurts que le précédent alors qu’il était pourtant sujet à tensions. De plus, l’OM a également eu l’autorisation d’exploiter le stade 365 jours par an et un accord avec l’association sportive a également été trouvé pour permettre au club de prendre en charge la gestion des équipes de jeunes âgés de plus de 12 ans. Enfin, la création d’un musée dédié à l’OM verra également le jour dans les années à venir au sein du stade. Point 2 et point 3 de l’OM Champions Project validés.

Halte au petit jeu des comparaisons

Naturellement, le projet olympien est essentiellement attendu par les supporters et les observateurs sur le terrain. Car il n’y a finalement que cette vérité qui compte réellement aux yeux de tous ceux qui jugent bien vite cet OM version McCourt. Et c’est là que beaucoup hurlent à l’injustice, au mensonge, décrient les propos de la direction olympienne inventés dans le seul but de ramener les Marseillais au Vélodrome. Mais finalement, McCourt, Eyraud & co ont toujours été droits dans leurs bottes. Les seuls qui n’ont jamais vu l’Olympique de Marseille plus grand qu’il ne devait, ce sont bien les médias et les supporters.

À la moindre contre-performance, le fameux “OM Champions Project” est balancé à la tête des community managers olympiens qui n’y sont pour rien les pauvres si leurs dirigeants ont utilisé le mauvais mot au mauvais moment. Ils n’y sont pour rien si une véritable enflammade s’est dressée autour de ce projet. Alors oui, il faut le dire, c’est sûrement un mauvais coup de comm’ que ce “Champions”. Mais bon sang, un an après, personne n’est capable de dire que cela n’est qu’une erreur de communication et rien d’autre ? Depuis quand un projet doit-il être jugé sur le nom qu’il porte et non sur des faits tout simplement ?

Cessons ce petit jeu des comparaisons ridicules, l’OM n’est pas et ne sera jamais le PSG tout simplement car il n’en n’a pas les moyens mais aussi parce que Paris a des années d’avance. L’OM ne sera pas non plus Monaco, et l’OM ne sera pas non plus Dortmund. L’OM sera tout simplement l’OM, un projet avec ses spécificités, avec ses réussites et ses défauts. Car il faudrait être idiot ou naïf pour prétendre aujourd’hui que tout est rose à Marseille et que tout va bien. Il y a encore de très nombreux axes de progression, des tensions naissantes dans l’organisation qui sont existantes, un mercato loin d’être parfait et, il est vrai, des recrues moins pompeuses qu’attendues.

Marseille sera désormais attendu : sur les pelouses de Ligue 1 et en Europa League, il y aura de la pression. Lors des prochains mercatos, le club marseillais sera aussi attendu sur d’autres terrains : trouver des joueurs – jeunes si possible – qui pourront trouver à l’OM un terrain fertile où s’épanouir, grandir… et rapporter de l’argent au club notamment car la formation est encore un très vaste chantier. La vraie interrogation est à trouver de ce côté là : le projet marseillais est-il viable sur du moyen et long terme sans recettes ? Il y aura les supporters, c’est vrai mais la marque OM, elle aussi, reste aussi à valoriser car quoi qu’en dise Frank McCourt, et là il s’est assurément trop avancé, si Marseille est indéniablement un grand club en France, il est loin – très loin – d’être un grand d’Europe.

1 Comment

  1. Un article bien venu qui a le mérite de remettre les choses à leur place. Tout est à construire dans ce club qui n’a jamais connu stabilité et sérieux. Tout ça par la faute des dirigeants successifs qui ne pensaient qu’à gloire éphémère et au fric. Un peu à cause des supporters aussi qui ont toujours voulu courir avant de savoir marcher, un pas devant l’autre.
    Et pui toutes ces spéculations autour du mercato : un tel trop cher, l’autre trop vieux, celui-là qu’on amortira jamais, et pourquoi pas des jeunes bien exotiques et à potentiel… attendez avant de juger et descendre en flammes, l’avantage du sport sur les autres disciplines c’est la vérité du terrain.

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