Il est stupide de se réjouir de l’élimination de l’Allemagne

Mercredi soir, en Russie, il s’est produit un tremblement de terre sur la planète football : la Nationalmannschaft a été éliminée après sa défaite 2-0 contre la Corée du Sud. Cette élimination incroyable de l’Allemagne a déclenché un torrent de joie sur les réseaux sociaux français… A la grande consternation de l’auteur de ces lignes. Voici pourquoi.

Germanophobie primaire

Aussitôt l’élimination allemande consommée, le leader de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, s’en est donné à cœur joie.

Ses camarades du parti de gauche radicale lui ont emboîté le pas, Manuel Bompard s’empressant de faire un parallèle douteux entre le résultat désastreux des footballeurs allemands et les élections européennes de mai prochain.

A mon tour de rappeler que Monsieur Mélenchon a lui aussi été éliminé au premier tour de l’élection présidentielle de l’année dernière, et qu’il n’en n’est pas à sa première sortie outrancière concernant l’Allemagne. On imagine au passage la réaction outrée des dirigeants de LFI si des personnalités d’extrême-droite s’étaient réjouies de l’élimination de toutes les équipes africaines.

Au-delà de ces tweets stupides, de nombreuses personnes ont manifesté leur joie en voyant choir les quatre fois champions du monde.

Pourquoi tant de haine ?

De mon point de vue, il est vrai celui d’un admirateur du jeu prôné depuis 12 ans par la sélection de Joachim Löw, cette haine à l’égard de la Nationalmannschaft est symptomatique de plusieurs tares françaises.

En premier lieu, ces réactions démontrent que certains Français n’ont toujours pas digéré certains traumatismes franco-allemands… Ne me dites pas que vous avez pensé à 1870 mais à 1982 hein ! Il ne s’agit que de foot, d’une équipe en maillot bleu contre une en maillot blanc, rien de plus, certains devraient s’en souvenir…

Deuxièmement, il s’agit de mon humble point de vue d’exorciser les souvenirs d’autres éliminations honteuses de l’équipe de France, qui en plus d’être ridicule sur le terrain, l’a été en dehors. Avez-vous eu vent d’une quelconque grève d’entraînement ? D’un sélectionneur qui ne salue pas son homologue ? Non, rien de tout cela bien entendu. Que les Allemands gagnent ou perdent, ils le font avec sobriété et avec un grand respect de leurs adversaires, nous ferions mieux de nous en inspirer.

Troisièmement, cela révèle une jalousie à l’égard d’un grand pays de foot, l’Allemagne, dont l’équipe nationale est quadruple championne du monde et triple championne du monde ; et dont les clubs ont remporté 7 C1, 6 C2 et 6 C3. De plus, rappelons que la Bundesliga est infiniment plus agréable à regarder que la Ligue 1, je ne parle pas ici seulement du jeu sur le terrain, mais de l’ambiance générale.

Une certaine idée du foot a perdu

Au-delà de susciter chez moi l’atterrement devant la bêtise de certains de mes compatriotes, cette élimination me rend sceptique face à l’évolution du football ces dernières années. En effet, cette Coupe du Monde en cours et le dernier championnat d’Europe ont montré une tendance au recroquevillement général des équipes théoriquement faibles lorsqu’elles affrontent une équipe théoriquement supérieure. D’aucuns mettront en avant que cette façon de jouer apporte des résultats alors qu’ils seront les premiers à critiquer les équipes de Ligue 1 qui misent tout sur la défense… Cherchez l’erreur.

Alors, oui, c’est vrai, beaucoup de champions du monde et d’Europe ont gagné en se basant sur un solide bloc défensif. Il est vrai aussi qu’une tactique défensive parfaitement exécutée peut être très intéressante à regarder et analyser. Cependant, imaginez un instant que des entraîneurs tels que Pep Guardiola, Marcelo Bielsa ou Joachim Löw soient remplacés par des entraîneurs du calibre de Guy Lacombe… Vos soirées foot seraient aussi passionnantes qu’un épisode de « Des chiffres et des lettres » à la télé polonaise dans les années 1980. Eh oui, le football de haut niveau, c’est la prise de risque, la possession de balle dans le camp adverse et jouer avec un bloc-équipe haut sur le terrain, quoiqu’en pensent les pseudo-experts pullulant hélas sur nos plateaux télés, qui expriment fièrement leur médiocrité. Peut-être un jour détaillerai-je mon point de vue mais en attendant, je vous renvoie à cet excellent article des Cahiers du football.

La France n’est pas un grand pays de foot

Au final, cet épisode révèle surtout que la France n’est toujours pas un pays de football. Nous nous limitons dans nos « analyses » à la lecture brute des résultats, ainsi qu’à des polémiques stériles sur l’arbitrage au détriment de l’analyse du jeu et de la tactique des équipes. Dans cette affaire, les médias et les autres personnalités du foot français sont grandement coupables de cette manière d’aborder ce sport que nous aimons tous, même quand l’équipe que j’admire s’incline…

Bonne suite de Mondial aux 16 équipes encore engagées et que la meilleure, si possible la plus offensive gagne. Puissions-nous avoir un regard plus adulte et moins bêtement nationaliste en France. Et petit message à nos amis allemands : en matière d’élimination honteuse en Coupe du Monde, nous, Français, n’avons rien à vous envier.

A propos de Vincent Doillet 1 Article
Un jour, j’ai vu Marcelo Bielsa sur un banc de touche, depuis, je suis devenu loco de la défense à 3 et du pressing tout terrain.

2 Comments

  1. Merci, merci, merci. De la part d’un amoureux du beau jeu, germanophile et cependant supporter de l’équipe de France. Ces gamineries ont assez duré !

  2. Merci infiniment vous nous rendez justice vous me retirez les mots de la bouche pour un allemand – fils de résistant – les coupes du monde et d’Europe deviennent de plus en
    Plus dures à vivre la germanophobie devient un
    Produit marketing cela veut donc dire qu’il
    Y a une demande et une offre … C’est grave très grave mais heureusement il
    Y a des gens comme vous merci

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  1. D'où vient la malédiction des champions du monde ? - Papinade

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