Une étrange Supercoupe d’Espagne

Pour vous, une supercoupe se résume à une rencontre entre un vainqueur de championnat et un vainqueur de coupe ? Si oui, vous serez sans doute bientôt has been.

Ce ne sont pas deux, mais quatre équipes qui se sont envolées pour Djeddah, en Arabie Saoudite, afin de disputer la Supercoupe d’Espagne. On retrouve naturellement le FC Barcelone, champion en titre, et Valence, dernier vainqueur de la Coupe du Roi. Mais aussi l’Atlético et le Real Madrid, respectivement deuxième et troisième du dernier exercice de Liga. En temps normal, ces deux équipes n’auraient pas pu disputer le tournoi.

C’était sans compter sur le génie de la fédération espagnole, qui a changé le format de la compétition. Valence et le Real s’affronteront ainsi en demi-finales, ce soir à 20h (heure française) au stade du Roi Abdallah. L’autre demie opposera Barcelone et l’Atlético, au même endroit demain à 20h. Et la finale aura lieu dimanche, toujours à Djeddah et à 20h.

Délocaliser la supercoupe à l’étranger est une pratique de plus en plus courante dans les grands championnats. Mais l’organiser sous forme de mini-tournoi est inédit. L’explication est simple : il s’agit de séduire le marché arabe, friand du spectacle offert par la Liga et prêt à sortir les pétrodollars pour les droits TV. L’organisation de la Supercoupe d’Espagne sous forme de Final Four à Djeddah a ainsi été actée pour les trois prochaines saisons.

Une Supercoupe d’Espagne qui fait polémique

Mais ce nouveau format fait (sans surprise) déjà polémique. Les raisons sont simples. Trois matchs au lieu d’un, la compétition charge un peu plus les calendriers, déjà bien remplis, des meilleures équipes. Les joueurs cumulent plus de fatigue en fin de saison et le risque de blessure est ainsi accru.

Le partage des recettes n’est pas non plus équitable. 8 millions pour le Barça et le Real, 6 pour l’Atlético… et seulement 3 pour Valence. Une différence justifiée par la volonté de valoriser les clubs ayant le plus d’histoire. Pourtant, elle va surtout creuser les inégalités du foot espagnol. En attendant, Valence est en train de renégocier sa part du butin.

L’éloignement de Djeddah par rapport à l’Espagne est aussi problématique. Sur les 12 000 billets destinés aux supporters espagnols, moins de 1 100 ont pu trouver preneur. La distance et le coût du transport ont dissuadé les fans. L’Atlético et Valence ont carrément décidé d’offrir les billets à ceux qui entreprendraient le périple. Mais à eux deux, ils n’ont pour l’instant distribué que 76 places !

Enfin, il n’est pas inutile de rappeler que l’Arabie Saoudite est un pays où les homosexuels et ceux qui renoncent à l’islam risquent la décapitation au sabre ou la lapidation en place publique. Et que ses dirigeants s’assoient régulièrement sur les droits de l’homme. Cependant, pour la fédération espagnole (RFEF), que sont les droits de l’homme par rapport à un contrat de 30 M€ par an ?

La télévision publique espagnole a renoncé à diffuser le tournoi. C’est déjà ça.

A propos de Benjamin Mondon 273 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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