Thomas Tuchel en grand danger

Il vit peut-être ses dernières semaines ou ses derniers mois sur le banc du Paris Saint-Germain. En fin de contrat en juin 2021, Thomas Tuchel ne semble plus avoir d’avenir à long terme au PSG. Pire, l’aventure pourrait tourner court en cas de déroute en Ligue des Champions : 3ème de son groupe avec 3 points, Paris est en bien mauvaise posture à deux jours de la réception de Leipzig. Une échéance déjà déterminante : trois mois après une finale européenne, les choses n’ont pas tourné pour le mieux pour Tuchel et le PSG…

Un mauvais début de saison pour Paris

Alors qu’il entame sa troisième saison sur le banc parisien, le coach allemand n’a jamais été dans une posture aussi précaire. La faute à de trop nombreux faux-pas, à la fois en championnat et en Coupe d’Europe : 5 défaites en 14 matchs cette saison. Tuchel est ainsi le coach parisien avec le plus grand ratio de défaites depuis le rachat de Paris par le Qatar en 2011. Depuis son entrée en fonctions à l’été 2018, il a ainsi perdu 15,25 % de ses rencontres, soit un peu moins d’une rencontre sur six. Ce qui serait une statistique honorable pour tout autre club paraît donc inacceptable au vu des ambitions du PSG.

Et cette saison, Paris a souvent sombré dans les grandes rencontres. Invaincus depuis novembre 2011 face à Marseille, les Titis ont pourtant perdu le Clasico à domicile en septembre (0-1). En Ligue des Champions, le PSG s’est incliné au Parc face à Manchester United (1-2), avant de concéder la défaite sur le même score à Leipzig où il a pourtant mené. Pire : vendredi soir en championnat, les Parisiens ont perdu trois points à Monaco en gaspillant deux buts d’avance (3-2).

Perdre les matchs au sommet dans des conditions pourtant favorables dénote une faiblesse mentale. Incapable de sonner la révolte contre Marseille et Manchester, de tenir son avance à Leipzig et Monaco, Thomas Tuchel ne semble plus avoir de prise sur l’état d’esprit de son groupe. L’attitude des Parisiens étant le facteur-clé de leur réussite sur la scène européenne, le technicien semble ainsi fragilisé. Pire, il doit composer avec un vestiaire en quête de leaders. Les départs d’Edinson Cavani et Thiago Silva n’ont pas été véritablement compensés, et le groupe parisien se cherche des meneurs…

Des relations déplorables et handicapantes avec Leonardo

Sur le mercato, Tuchel n’a pourtant pas été aidé par le recrutement du directeur sportif Leonardo. Les relations entre les deux hommes semblent plutôt fraîches et peu cordiales. L’Allemand avait ainsi publiquement critiqué la frilosité de son supérieur pour remplacer les nombreux départs. Avant de se prendre un scud de l’intéressé, toujours par médias interposés. “S’il décide de rester, il doit respecter la politique sportive, les règles internes”, avait contre-attaqué Leonardo. Les deux protagonistes, tous deux fragilisés, ont depuis calmé le jeu. Reste que Tuchel n’a pas vraiment la main sur les mercatos.

Quand on voit le mercato parisien de cet été, on cherche d’ailleurs parfois sa cohérence. Alessandro Florenzi a marqué les esprits en tant qu’arrière-droit. Tout comme Moise Kean en pointe, mais on pourra regretter que le prêt de l’attaquant italien de 20 ans (7 buts en 12 matchs) n’ait pas été assorti d’une option d’achat. L’acquisition de Kean aurait ainsi été plus intéressante sur le long terme, pour concurrencer Icardi… Quant aux deux recrues arrivées pour renforcer le milieu, Rafinha et Danilo Pereira, difficile de parler d’elles comme des réussites pour l’instant.

Les choix tactiques contestables de Thomas Tuchel

En ce qui concerne Danilo Pereira, ce n’est pas faute de volonté de la part du joueur. Milieu défensif de métier, le Portugais est ainsi installé par Tuchel… en défense centrale. Au poste de numéro 6 convoité par Danilo, on retrouve Marquinhos, qui est défenseur central de métier. Si le bricolage opéré avec Marquinhos ne date pas d’hier, cette inversion des postes avec Danilo ressemble furieusement à un pied de nez du coach envers la direction parisienne.

Pourtant, le technicien n’en est pas à une excentricité près. Pour pallier à la faiblesse du milieu parisien et l’échec régulier du 4-3-3, il déploie parfois un 4-2-3-1 où une ligne de trois (Mbappé, Neymar, Di Maria) soutient l’attaquant de pointe. Problème : bien souvent, aucun de ces quatre joueurs ne réalise les efforts défensifs. Le bloc parisien se retrouve ainsi coupé en deux entre attaque et défense. Ce qui permet aux adversaires de profiter de la faiblesse des transmissions pour faire déjouer Paris. Ce qui n’empêche pas non plus Tuchel de reproduire sans cesse les mêmes schémas et les mêmes erreurs. La preuve, c’était encore le cas vendredi à Monaco.

Faut-il sauver le soldat Tuchel ?

L’heure de la fin semble proche pour l’ancien coach de Dortmund, pas encore prêt à renoncer à ses idées par pragmatisme. Malgré tout, à l’heure du bilan, il faudra aussi se souvenir de ses réussites. Tuchel a su tirer la force dans son groupe pour accrocher une finale de Ligue des Champions. Au cours de cette saison 2019/2020 réussie, il a aussi tiré le meilleur des deux plus gros egos de son groupe : Neymar et Kylian Mbappé. Régulièrement annoncé sur le départ, le premier nommé semble plutôt partant pour rester. Thomas Tuchel, jamais avare en compliments au moment de vanter ses mérites à la presse, n’y est pas étranger. Il a fait du feu follet brésilien le fer de lance de son équipe. Il a aussi su recadrer Mbappé lorsque celui-ci se montrait capricieux.

Souvent décrit comme psychorigide et suicidaire sur le plan tactique, Tuchel paie certes ses propres erreurs. Mais il fait aussi les frais de ses mauvais rapports avec sa hiérarchie. Tout n’est pourtant pas à jeter dans son bilan. Par moments, l’Allemand a su tirer le meilleur de son groupe pour le sortir des mauvais pas. A lui de le rappeler mardi face à Leipzig !

A propos de Benjamin Mondon 279 Articles
Des analyses parfois aussi improbables qu'un mélange entre Ronaldinho et Cheick Diabaté.

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