Trois mois après, quel bilan pour Zinédine Zidane ?

Le 4 janvier dernier, Zinédine Zidane prenait la place de Rafael Benítez sur le banc du Real Madrid.

Le champion du monde 1998, ancien de la Maison Blanche (2001-2006), récupérait une équipe en perte de vitesse, alors troisième du championnat, relégué à 4 points de l’Atlético, alors leader, au lendemain d’un décevant match nul obtenu à Valence (2-2). Présenté en grandes pompes comme l’homme de la situation, Zidane, dont la seule expérience de coach au sein de la réserve madrilène s’était révélée concluante, était jeté dans le grand bain et attendu comme le sauveur par le public merengue.

Trois mois après, quel bilan peut-on tirer des grands débuts de Zidane comme entraîneur d’une équipe renommée ?

Des résultats honorables

Le Barça est l’ogre incontesté du championnat espagnol. Si les plus grandes pointures se sont succédées sur le banc du Real, seul José Mourinho a pu ravir le titre aux Blaugrana. Le président Florentino Pérez n’attendait pas de Zidane un titre national. Éliminé de la Coupe du Roi sur tapis vert pour avoir aligné Denis Cheryshev, suspendu, le Real avait grillé trop de jokers sous Benítez, dans une course contre le Barça et l’Atlético où chaque point acquis a son importance. Le club madrilène, toujours troisième, n’a pas bougé au classement, et maintient le même écart de 4 points avec le leader, qui est désormais Barcelone.

Le Real n'a jamais bougé de la troisième place depuis l'arrivée de Zizou.
Le Real n’a jamais bougé de la troisième place depuis l’arrivée de Zizou (intervenue entre la 18e et la 19e journée).

Mais depuis son arrivée, Zidane n’a perdu qu’une seule fois en championnat, à domicile contre l’Atlético (0-1). Deux nuls chez le Bétis Séville et Malaga, et onze victoires, la dernière obtenue ce samedi face à Eibar (4-0), parfois sur des scores sans appel : un 5-0 lors de son premier match sur le banc face à La Corogne (5-0), un 6-0 contre l’Espanyol et un 7-1 infligé au Celta Vigo. Surtout, le Français a réussi l’impensable. Il est allé chercher une victoire de prestige sur le terrain du FC Barcelone, avec un but de la victoire inscrit en infériorité numérique (1-2).

En Ligue des Champions, l’état de grâce de Zizou semble néanmoins avoir touché à sa fin. S’il a disposé sans encombres de la Roma en huitièmes de finale en gagnant à chaque fois 2-0, le Français a été surpris mercredi soir, en quarts de finale, sur le terrain de Wolfsburg (2-0). Une défaite qui assombrit l’avenir européen du Real, et ses seuls espoirs de titre pour éviter la saison blanche.

Capable du meilleur comme du pire

Le public madrilène a toujours préféré l’ascenseur émotionnel à des résultats monotones. Avec Zidane, il est servi. Samedi dernier, le Real Madrid s’imposait contre toute attente sur le terrain du Barça. Quatre jours plus tard, peu de supporters avaient vu venir la rouste infligée par Wolfsburg. Le Real est descendu en un temps record de son petit nuage ; désormais, c’est le feu de la critique que doit éteindre le pompier Zizou.

Zidane n’en est pas à son coup d’essai en termes de montagnes russes émotionnelles. Lors de la finale de la Coupe du monde 2006, il avait été buteur avant d’être expulsé après son coup de boule sur Marco Materazzi. Difficile de pronostiquer un résultat quand le Français est dans la place…

Du changement au milieu de terrain

Rafael Benítez a laissé derrière lui un héritage tactique largement repris par Zinédine Zidane. L’effectif n’a pas bougé au mercato d’hiver. Navas est indiscutable dans les buts et la ligne défensive reste la même : seul Raphaël Varane a été relégué sur le banc au profit de Pepe. C’est au milieu qu’a eu lieu le véritable changement tactique opéré par Zidane. Si l’on se penche sur le onze de départ aligné par Benítez lors de la rouste infligée à domicile par Barcelone (0-4) en novembre dernier, le technicien espagnol avait aligné Modric et Kroos à la récupération, se servant de Cristiano Ronaldo et James Rodriguez comme ailiers pour servir la doublette Benzema – Bale. La suite, on la connaît.

Zidane a mis le 4-4-2 à la poubelle, mais il reprend deux dispositifs de son prédécesseur. Il part le plus souvent sur un 4-3-3 qu’il peut changer en 4-2-3-1 en cours de match. L’élément-clé de ce dispositif est Casemiro. Laissé de côté par Ancelotti puis Benítez, le jeune Brésilien a trouvé grâce aux yeux de son entraîneur. Ce dernier en fait un joueur à l’image de son ancien coéquipier Claude Makélélé : un bosseur de l’ombre, une ultra-efficace et infranchissable sentinelle, positionnée derrière le tandem Modric – Kroos et la triplette BBC (Bale – Benzema – Cristiano). Zidane a utilisé ce 4-3-3 lors de tous ses derniers matchs mais la contre-performance de Wolfsburg pourrait remettre ce schéma en question.

L’alternative du 4-2-3-1 permet de faire souffler un des trois milieux du 4-3-3 (qui font un travail de longue haleine) et de positionner les deux autres à la récupération. Devant eux, un numéro 10 évolue en soutien de l’attaque : le poste échoit à Isco ou James, grands perdants de la consécration du 4-3-3. Il semble que l’Espagnol ait, à ce poste, l’avantage sur le Colombien, que Zidane replace sur le flanc droit. Ronaldo est positionné ailier gauche et Benzema en pointe. Ce dispositif permet de préserver Bale.

Un entraîneur qui redonne confiance aux joueurs

Ce n’est un secret pour personne, les rapports entre Rafael Benítez et le vestiaire madrilène étaient si mauvais qu’ils ont précipité la chute de l’ancien coach de Liverpool. Zizou a récupéré un effectif dominé par les egos, dont celui du triple Ballon d’Or Ronaldo. Néanmoins, grâce à son statut d’ancienne star du Real, il a su gagner le respect des joueurs. Aucun n’a osé le remettre en cause dans les médias ou en privé, comme Ronaldo s’était permis de le faire avec son prédécesseur. En contrepartie, Zidane défend ses protégés corps et âme face aux huées du public et au scepticisme de la presse. Pour lui, les responsabilités sont toujours collectives, et l’unité du groupe est une condition préalable à sa survie. En témoigne son admiration affichée pour Cristiano Ronaldo : Zizou a reconnu “ne pas être capable de faire comme lui”.

La dernière cartouche de Florentino Pérez ?

Sous contrat jusqu’en 2018, Zidane devrait rester aux commandes du Real l’année prochaine, même en cas de saison blanche. Il a hérité d’une situation difficile et le président Florentino Pérez le sait bien. Cependant, sa côte pourrait être fragilisée en cas de non-qualification lors du retour contre Wolfsburg. Depuis son élimination en huitièmes de finale de Ligue des Champions face à Lyon en 2010, le Real a systématiquement atteint les demi-finales de la compétition. L’échec, d’ores et déjà annoncé, serait cuisant, et ne pourra visiblement pas être sauvé par un sacre national.

A son retour aux affaires en 2009, tout le monde prédisait une pluie de titres et de succès au président Florentino Pérez, alors que celui-ci recrutait des stars à tour de bras et à coups de millions. Mais seuls un sacre national et une Ligue des Champions sont venus enrichir le prestige du Real. Les entraîneurs se sont succédés. Mourinho, Ancelotti et Bénitez ont servi de boucs émissaires pour justifier l’échec du projet madrilène auprès des supporters. Mais, avec la nomination de Zidane, Pérez a pris un énorme risque. Le risque de nommer un ancien joueur de la maison, très populaire auprès d’un public qui commence à s’impatienter. Si Zizou échoue, Florentino sera à son tour pointé du doigt, jugé responsable et quittera probablement la Maison Blanche. Difficile de dire de quoi l’avenir du Real sera fait mais, pour son président, c’est quitte ou double…

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