Vers une révolution tactique ?

Pep Guardiola au Bayern Munich

Depuis sa victoire en Ligue des Champions en Mai dernier, le Bayern avait la côte. Celle-ci a encore augmenté de manière significative avec l’arrivée officielle de l’espagnol Pep Guardiola qui a prononcé ses premiers mots en allemand la semaine dernière. Le club bavarois a engagé l’un des hommes forts du football moderne et a envoyé un message à tous ses concurrents, du Chelsea de Mourinho jusqu’au FC Barcelone dirigé par Tito Vilanova, l’adjoint de Pep. Pendant 4 années, Guardiola a ainsi coaché l’une des meilleures équipes du monde et l’a imprégné de son style bien particulier fait de combinaisons, de passes et va et d’un jeu bien plus technique que la rugosité du football allemand. Qualifié d’orfèvre, il a longtemps expérimenté de nouveaux schémas tactiques, et a ainsi supprimé les limites entre l’attaque et la défense avec des latéraux extrêmement offensifs et un pressing constant notamment afin de permettre au bloc équipe de récupérer la balle très haut. Pep s’inscrit dans la lignée d’un Johan Cruijff qui est pourtant l’anti-thèse de l’idole munichoise à savoir Franz Beckenbauer. Adepte du beau jeu, sa réputation d’entraîneur fair-play et proche de ses joueurs le précède. Cette image tranche quelque peu avec celle d’un Jupp Heynckes très sobre et pas forcément des plus expressifs – hormis cette saison qui fut sa dernière. Sur 19 titres possibles, Josep Guardiola en a remporté 14 avec Barcelone, ce compétiteur qui a fait d’une équipe solide (Barcelone avait déjà remporté une Ligue des champions avant lui)  la meilleure du monde arrive dans des conditions similaires à Munich, place centrale du football allemand et forte d’une identité régionale similaire à celle qu’a pu connaître le nouvel entraîneur bavarois en Catalogne.

Après le triplé inédit du Bayern cette saison, Pep Guardiola peut-il alors vraiment tout révolutionner en Bavière ? De toute évidence, et selon les déclarations de ce dernier, non. “Je dois m’adapter et non l’inverse. Il n’y a pas besoin de changer grand chose ici, c’est mon opinion.”  Cela n’a toutefois pas empêché le coach espagnol de procéder à des essais tactiques dès ses premiers entraînements et a de suite apposé sa patte sur le jeu allemand. Le Kaiser bavarois Franck Ribéry et Thomas Müller ont en tout cas été séduits de suite par Guardiola : “Il est super motivé et a envie de s’investir à 100%” et la préparation de ses entraînements qui, contrairement en Espagne, ne se dérouleront plus à huit-clos : “ces jeux sont de bonnes séances d’entraînement et d’expérimentation”.

Les premières confrontations hier face à des équipes mineures de District League ont été l’occasion de voir évoluer le Bayern dans deux schémas de jeu inédits. Alors que Jupp Heynckes privilégiait un 4-2-3-1 dynamique avec des ailiers percutants, Guardiola a décidé d’évoluer dans un 4-1-4-1 à plat avec un Ribéry recentré et seul en pointe. Un peu à l’image du rôle qu’occupe Lionel Messi à Barcelone, le français pourrait ainsi être beaucoup plus libre de ses mouvements et tourbillonner parmi les acteurs de l’animation offensive bavaroise. Javi Martinez se retrouverait lui aussi seul dans l’axe et participerait au rôle de créateur de jeu tandis que Bastian Schweinsteiger monterait d’un cran.

L’autre système de jeu est encore plus étonnant avec un 3-3-3-1 rarement vu, et différent du dispositif tactique qui était utilisé par l’Ajax.  Avec Alaba et Lahm en milieux latéraux, qui peuvent avoir un peu le même rôle qu’ont Lichsteiner et Asamoah à la Juventus avec un plus grand apport offensif, et un Martinez en libéro, il est difficile d’imaginer que Guardiola puisse évoluer dans un tel système, cependant, le doute est permis. En attendant le retour de Götze et des internationaux qui disputaient la Coupe des Confédérations, le Bayern de Pep Guardiola va poursuivre sa mutation.

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