Interview : violences policières à San Remo

San Remo - Imperia (Nice), violences policières dans un derby en Italie

Pascal, supporter Niçois et victime de violences policières lors du derby dimanche dernier entre Imperia et San Remo en Italie, a accepté de revenir sur ce match effroyable, lui qui faisait partie du contingent de nissarts venus encourager l’équipe avec laquelle ils nouent de forts liens d’amitié.

Papinade : Pascal, pour ceux qui ne sont pas du tout au courant de la vie des tribunes à Nice peux tu, en préambule, nous retracer le contexte de ce match et la raison pour laquelle les supporters niçois se sont déplacés pour cette rencontre ?

Pascal : Depuis 25 ans les Niçois de l’ancienne Sud du Ray sont jumelés avec les supporters d’Imperia (En savoir plus sur les relations entre les supporters des deux clubs). Ils venaient au Ray, viennent au nouveau stade, nous allons chez eux… Quatre jours avant ce drame nous étions avec eux à Imperia pour un match et, comme d’habitude, tout s’est très bien passé. En italien nous disons “Siamo Fratelli”, nous vivons les tribunes à l’italienne avec chants, tifos etc… mais nous ne sommes ni casseurs ni hooligans.

Papinade : Ce jour là, comment les choses ont-elles commencé ? Y a t-il eu quoi que ce soit qui laissait présager d’une fin de match aussi violente ?

Pascal : Dimanche dernier, c’était jour de derby, il faut rappeler que San Remo avait eu des problèmes financiers et n’était plus dans la division d’Imperia (Excellence) mais ils se sont retrouvés. Donc c’était un derby et des amis qui viennent le faire tous ensemble. C’était la trêve pour nous donc nous y sommes allés avec l’idée de voir un match et passer une bonne journée avec nos amis et c’est tout. Coté Imperia, nous étions Nissa-Savona et Imperia et côté San Remo Albenga-Finale Ligure et San Remo (supporters d’équipes locales de 8e division).

Quand nous y étions, à l’arrivée nous avons vu que l’organisation était un peu dépassée : on a eu beaucoup de mal à se garer mais on nous a mis dans un coin à l’extérieur et, après l’achat des billets nous avons du subir une fouille approfondie, puis nous avons enfin pu rentrer à l’intérieur avec un cordon de police à l’extérieur et à l’intérieur pour nous.

Papinade: Donc tout ce passait bien ? Ça semble incroyable quand on connait l’issue de la journée…

Pascal : Deux jeunes ont fini par s’énerver à force qu’il pleuve des objets, des pierres, des pyros et même une bombe agricole : ils sont sortis par l’arrière au dessus du stade et se sont retrouvés sur un terrain synthétique avec la volonté d’en découdre avec les supporters de San Remo. Les carabiniers ont envoyé une nouvelle sorte de gaz lacrymogène et les ont ramenés dans la tribune. C’est tout, après tout s’est plutôt bien passé : Imperia a gagné, les joueurs sont venus fêter la victoire sous notre parcage, preuve s’il en était besoin, que tout allait bien dans une bonne ambiance.

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Papinade : À quel moment les choses se sont-elles envenimées ?

Pascal : À la fin du match, ils ont demandé qu’on sorte un par un avec prise d’identité et photos, moi je n’ai rien à me reprocher, je n’ai rien fait, je n’y voyais aucun problème donc on a obtempéré. Nous étions dans un long corridor pas très large. Nous n’avons pas remarqué qu’ils avaient d’abord fait sortir les italiens puis les femmes mais c’est ce qu’ils ont fait. Puis, ils ont interpellé un des deux jeunes. Nous avons voulu savoir ce qu’ils comptaient faire avec lui et d’un coup sans sommations, sans égards sur la force ou l’état physique de la personne en face, ils se sont mis à taper. Nous n’avions pas vu mais nous étions pris en sandwich : des carabiniers étaient aussi derrière nous, armés de très longues matraques, casqués, habillés comme pour une émeute. Ils se sont mis à frapper en visant nos têtes. Je suis tombé, ils tapaient encore. D’autres Niçois me sont tombés dessus aussi, les carabiniers nous insultaient de “sales Niçois”, nous sommaient de ne plus revenir et continuaient de nous matraquer alors que nous étions toujours au sol. Ça a duré quelques longues minutes et lorsque ça s’est enfin arrêté, j’ai vu un ami en train de faire un massage cardiaque à un autre, bouche à bouche. Les têtes étaient ensanglantées, on criait après une ambulance en pleine hallucination. Les carabiniers étaient redevenus normaux, comme si rien ne s’était passé, c’était de la folie. Les ambulances sont arrivées et ont secouru les blessés.

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Papinade : Comment va le groupe de supporters niçois ?

Pascal : Il y a eu l’hospitalisation de deux d’entre nous sur place : un pour problème cardiaque, fracture des côtes et du bassin, perte prolongée de connaissance, le second pour traumatisme et plaies importantes. Nous, nous sommes allés aux urgences en rentrant à Nice, le plus important était de sortir de la ville et rentrer chez nous. Là-bas, on nous a diagnostiqué de multiples commotions, ecchymoses, plaies niveau des côtes , les bras (ndlr : en se protégeant la tête) ont aussi été touchés. Un ami a pu quitter l’hôpital le soir mais il a du sang dans la tête alors il y est de nouveau : traumatisme crânien, il est sous surveillance médicale.

Papinade : Pour ceux qui ne connaissent pas ces équipes, est-ce inhabituel ?

Pascal : Comme je l’ai dit, quatre jours auparavant nous avions été à un match à Imperia et comme d’ordinaire tout c’était très bien passé : en revenant à nos voitures, nous avons discuté avec les carabiniers de nos métiers respectifs, des congés en France, en Italie etc… Je suis aide soignant, mon métier est d’aider les gens, à aucun moment je ne vais à un match pour que ça ce passe comme ça ou pour taper. Mes amis et moi, cela fait 25 ans qu’on fait des matchs en Italie et en France : on va d’ailleurs à Turin et à Imperia très régulièrement pour le foot, pour les tribunes et le partage, certainement pas pour se battre ou se faire massacrer !

Papinade : Qu’avez vous fait après le match alors ?

Pascal : Nous avons décidé de porter plainte , nous avons donc fondé un collectif, le Collectif des Niçoises et Niçois victimes du guet-apens des carabinieri de San Remo car il est hors de question de laisser ce précédent se reproduire, surtout que nous nous sommes faits lyncher par les médias locaux de San Remo, pas par ceux d’Imperia qui ont été contactés par nos amis d’Imperia. Nous avons des photos, des certificats médicaux, des blessés encore maintenant, nous n’allons pas nous laisser faire ni nous laisser salir !

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